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[RP] Une allée du Luxembourg-(terminé)

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Koji Ashton

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MessageSujet: [RP] Une allée du Luxembourg-(terminé) Dim 29 Nov 2009 - 12:24

[> Chambre de Koji Ashton]

Ses yeux s'étaient perdus dans le ciel, dont il apercevait quelques arpents par sa fenêtre, ciel immense et anglais, dont la grisaille ne s'amoncelait pas, comme dans un ciel parisien avant l'orage, mais se répandait, en une sorte de lumière diffuse, et presque paradoxale. Il savait ce temps insupportable aux touristes, aux étrangers ; c'était comme si chaque pays offrait, non à ceux qui y sont nés, et qui souvent ne savent pas en voir l'intime beauté, mais à ceux qui sont véritablement de lui, qui l'ont adopté, une qualité toute particulière, aux autres étrangères, et qui ne développe ses charmes que pour leur esprit.

Sans doute faillait-il avoir entendu un peu de poésie anglaise, dans sa vie, pour apprécier l'Angleterre, de la même façon que la France, à ses yeux, ne se goûtait pleinement que lorsque l'on se souvenait d'une ou deux lettres de Madame de Sévigné et de quelques pages de Rousseau. Mais peut-être n'était-ce là que sa manière à lui d'aimer un pays, et il devait sans doute y en avoir des dizaines d'autres, qu'il ne pouvait pas même se représenter, qu'il ne pourrait même jamais s'imaginer, et qui lui resteraient, pour toujours, des parties du monde inaccessibles, et même des mondes entiers dérobés à son regard ; alors, en songeant à tout ce qui lui échappait, loin d'éprouver l'angoisse de certains intellectuels lorsque, sur leur lit de mort, ou bien au début d'une maladie qui s'annonce longue, ils comprennent que tout leur travail, leur œuvre, n'est qu'une infime portion du savoir humain, Koji ressentait une sorte d'apaisement : ignorer quelque chose, et se savoir en position de toujours l'ignorer, était pour lui extrêmement rassurant.

La perspective de se promener dans le parc sous un ciel parfaitement britannique n'en était alors que plus délicieuse. Et la solitude que lui promettait Virginie n'était pas faite pour diminuer son plaisir, car il ne concevait pas qu'une promenade pût être agréable dans le bruit : se promener, lire, cuisiner, étaient à ses yeux autant d'activités qui nécessitaient calme et solitude pour être pleinement goûtée ; non qu'il fût, autant que sa jeune amie, misanthrope, car il estimait qu'il y avait également toute une série d'activités qui, au contraire, exigeaient de la compagnie pour développer toutes leurs saveurs.

Lorsque Virginie avait accepté de l'accompagner, il avait posé délicatement le verre de lait sur le bord de la table, attrapé son sac et posé sur le lit, ouvert, et il s'était mis à fouiller, dans un fatras impossible, dans lequel on distinguait divers appareils, des vêtements, des livres, tout en désordre, dans la quête de l'un ou l'autre de ces objets. Ce fut finalement une longue écharpe ocre qu'il en extirpa, et après avoir mis son manteau, et s'être entouré de sa précieuse découverte, il adressa un regard à Virginie, pour lui dire qu'il était prêt.

Dans cet agencement de vêtements, qui trahissait, d'ailleurs, beaucoup plus de goût qu'il n'avait bien voulu le dire, parce que l'écharpe s'accordait aux reflets de ses cheveux, le manteau à l'écharpe et à la couleur de ses yeux, que tout était taillé de sorte à lui aller parfaitement, Koji semblait se perdre, et n'être devenu qu'un être de tissu, comme un personnage de tableau n'est qu'un être de formes et de couleurs, et un personnage de romans, de mots. Alors il avait l'air, plus que d'habitude encore, lointain et inaccessible ; fragile, comme si le moindre contact avec sa peau allait le briser, en mille morceaux, comme un trésor de porcelaine.

Ils étaient sortis de la chambre, il l'avait refermé, et maintenant, son regard se faufilait dans la direction que lui indiquer Virginie.


« Réviser ? »

Pendant une seconde, et peut-être deux, dans ses yeux avait navigué une étincelle d'incompréhension, si rare chez lui. Il avait mis un peu de temps, d'abord, à comprendre un terme qu'il n'avait jamais utilisé lui-même, et qui n'était donc pas tout-à-fait inscrit dans ses réflexes : c'était qu'il n'avait jamais eu besoin, dans sa vie, de relire un cours qu'il avait entendu, et cette activité si répandue chez les jeunes gens de son âge, qui pouvait prendre la forme d'un rituel social, les révisions, lui était parfaitement inconnue. Puis, il se rendait compte que l'Institut proposait sans doute des cours à ses jeunes résidents, qui après tout, étant jeunes, devaient obtenir des diplômes pour progresser dans le monde, avoir un emploi, fonder une famille, etc., toute sorte de choses auxquelles Koji ne songeait jamais : des emplois, on lui en avait proposé beaucoup qui ne l'intéressaient pas et refusé le seul qui l'intéressât, une famille, il savait parfaitement qu'il n'était pas prêt d'en avoir une, et quant à progresser dans le monde, il était persuadé de s'y employer déjà très activement, car l'idée d'une progression sociale, toute bourgeoise, ne l'effleurait pas. Enfin, il comprit qu'à ses cours, on s'attendait peut-être qu'il assistât, parce qu'il n'avait pas jugé bon de communiquer à l'administration la liste de ses diplômes.

« Oh... Oui... Réviser. Eh bien, peut-être. Je viendrai plus probablement pour discuter, je crois. »

C'était la manière la plus élégante qu'il avait trouvée pour faire comprendre à Virginie combien les révisions lui étaient un concept étranger, et que s'il allait à la venir la retrouver dans sa chambre, ce ne serait certes pas pour chercher de l'aide pour tel ou tel exercice de mathématiques – non qu'il n'aimât pas les mathématiques, puisqu'il avait déjà publié, dans quelques revues spécialisées, d'excellents mémoires sur une ou deux questions complexes – mais bien pour le seul plaisir de sa conversation, à elle.

Ils descendirent les marches de l'escalier, Koji toujours un peu retrait, ravi de pouvoir profiter de cette occasion pour observer la scène à laquelle il avait songé dans l'ascenseur et qui lui confirmait, si besoin était, que Virginie devait avoir été danseuse ; alors il admirait la sûreté avec laquelle elle s'appropriait l'espace qui les entourait, ses variations et ses aléas. Il lui semblait entendre se développer, sous les pas légers de la jeune femme, les notes d'un piano, comme si les mouvements de Virginie, si sûrs et si naturels, avaient en réalité appartenu à une réalité un peu différente de celle qu'ils étaient contraints d'observer, et dans laquelle se jouerait, au hasard d'un escalier, les
Variations[/i] de Bach, lorsque une jeune fille passait.[/i]

« Elle a passé, la jeune fille,
Vive et preste comme un oiseau :
A la main une fleur qui brille,
A la bouche un refrain nouveau. »


Il avait récité, en français, ces quelques vers de Nerval, à mi-voix, sans savoir si Virginie l'entendrait, et même comprendrait la langue qu'il utilisait ; mais Koji avait pris cette habitude, un peu déstabilisante, de lancer, au détour de ses pensées, quelques vers que la situation lui inspirait, et qui lui semblaient la marquer d'une pierre blanche : c'était sa manière à lui d'inscrire un moment dans l'éternité, du moins dans son éternité intime, qui eût semblé si étrange à beaucoup, mais dans laquelle, désormais, Virginie existait, toujours accompagnée de quatre vers de poésie et de quelques notes de musique.

En cet instant précis, il lui semblait que personne au monde ne correspondait mieux à ces deux mots, « jeune fille », que Virginie : il trouvait en elle cette délicatesse maladroite, cette maladresse gracieuse, cette timidité courageuse et ce courage incertain que les syllabes de « jeune fille » - et nulle autre, en aucune langue, car dans l'imagination de Koji, « young women », par exemple, renvoyait à quelque chose de tout-à-fait différent – exprimaient discrètement. Alors, pour Virginie, il se sentait pris d'une vive affection, protectrice et un peu paternelle, aussi étrange que cela pût paraître de la part d'un jeune homme – mais aucun être de son âge, en revanche, n'incarnait moins que Koji ce que ce terme de « jeune homme » suggérait – de dix-sept ans.

Ils étaient enfin arrivés dans le parc, et le vieux jeune homme avait enfoncé les mains dans les poches de son manteau, un peu rentré le cou dans son écharpe, parce qu'il était frileux, de sorte que l'on ne distinguait guère que ses deux yeux qui parcouraient les arbres, les fleurs, l'herbe et les massifs, avec une attention à la fois scrutatrice et rêveuse, mélange qu'il était le seul, peut-être, à pouvoir réaliser. Le ciel répandait une fraîcheur humide, et presque maritime, dans les allées du parc ; c'était un temps typiquement londonien, parce que l'odeur de la ville donnait à la pluie qui ne tombait pas encore une qualité précisément urbaine, qui était bien différente de la densité terrienne qu'elle avait dans les terres. Ils marchaient dans les allées de gravillons, dans un silence que le crissement de leurs pas seuls venait troubler : Koji rêvait.

Au bout de longues minutes, alors qu'ils s'étaient enfoncés dans les profondeurs du parc, qui, pour des profondeurs, n'étaient pas bien effrayantes, car elles avaient été arrangées avec tout l'art de l'horticulture anglaise, et si la nature paraissait s'y exprimer librement – ce qu'elle faisait, en effet, beaucoup plus, et avec un charme sensiblement différent, que dans les jardins à la française – et sans contrôler, elle était en réalité soigneusement arrangée, pour que l'on pût se sentir perdu sans jamais l'être, et qu'un regard suffît, jeté en arrière, pour découvrir le chemin qui ramenait au manoir, qui dessinait contre le ciel embrumé sa silhouette rassurante, Koji reprit la parole, avec cet art qu'il avait de ne pas briser le silence, mais de faire monter tout doucement le volume de sa voix, comme s'il prenait d'abord place, humblement, dans les bruits de la nature, avant de chercher à se faire entendre.


« Tu sais, Virginie, je suis très content de t'avoir rencontrée. »

Il ne la regardait pas en disant ces mots, parce qu'il savait fort bien, commençant à un peu la connaître, qu'ils avaient toutes les chances de la mettre mal à l'aise ; ce n'était pas d'ailleurs ce qu'il cherchait, et il l'eût évité s'il avait pu, mais il tenait à la remercier à la hauteur du bien qu'elle lui avait fait en transformant les lieux, hostiles d'abord pour lui, de l'Institut en un foyer où une vie était possible, peut-être un peu différente de celle qu'il avait connue, mais qui ne présentait pas pour autant moins d'intérêt ou de saveur.

« Je dois t'avouer que je n'étais pas tout-à-fait rassuré en venant ici. J'avais un peu peur de ne pas trouver la place. Non que je l'aie trouvée, bien sûr, mais enfin, ça ne me semble plus aussi impossible qu'il y a une ou deux heures. En somme,ajouta-t-il avec un sourire que l'on devinait à peine à traver son écharpe, tu es, il faut le reconnaître, une excellente guide. »

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L'unité de l'aperception est le principe transcendantal de la nécessaire conformité des phénomènes à des lois dans une expérience. Elémentaire, mon cher Watson.
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Virginie Parish

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MessageSujet: Re: [RP] Une allée du Luxembourg-(terminé) Lun 30 Nov 2009 - 21:35

Avait-elle une tendresse particulière pour cette île occidentale ? Difficile à dire… pouvait-on réellement apprécier un lieu, lorsque l’on ne connaissait que celui-là ? Virginie était née dans la banlieue londonienne, y avait grandi. Sa courte année à Vancouver lui avait procuré une instance impression de liberté. Tout à la fois libératrice et angoissante. En même temps qu’une atroce soif d’ailleurs. Jamais un voyage n’avait été plus loin que la campagne paternelle. Et si elle avait connu le Canada, c’était plus par défaut qu’autre chose. Oui elle aimait la brume. Elle aimait aussi la chaleur de Montréal. Se sentait-elle anglaise au fond ? Peut être, mais bien moins que mutante. Elle était arrimée à cette terre, comme l’imposèrent les circonstances. Dans son esprit dansait le Mexique, la France, l’Inde, comme ces mondes si riches et impressionnants. Alors que l’Angleterre n’était que cette contrée qui l’avait regardée se cacher.

Son cœur était ignorant de tout patriotisme. Cette jeune fille n’était pas fière de l’Angleterre. Elle était plutôt inquiète, pour ce royaume, en perdition. Car il avait accepté le Cercle, la vaccination, la chasse aux sorcières et plus. Trop. Toutes ces choses si inconnues aux valeurs humaines. Toutes ces choses que l’Histoire aurait dû bannir depuis plus d’un siècle. Personne, n’avait créé en elle ce regard critique et exigent. On pouvait même le prendre pour un défaut de fabrication, étant donné son application à entrer dans le moule. Un nouveau paradoxe de Virginie Parish. Toute inhumanité réveillait une force en elle qu’elle n’osait affronter. Son âme s’exprimait, sans qu’elle n’imagine l’arrêter. Voilà pourquoi une pigiste quelconque avait lancé la traque aux monstres. Voilà pour quoi elle était capable de se surpasser.

A l’heure de la promenade lui venait plutôt l’air de Gene Kelly. Le visage de l’homme lui revenait avec cet air charmant. Combien de fois, avait-elle mit le vinyle en route, une fois ses parents enfuis. Parce que le couple avait cet amour commun des vielles choses pleines d’histoires. Son univers musical en avait été grandement favorisé. Jazz, rock étaient autant représentés que Mozart ou Debussy. En le voyant sortir son vêtement la jeune fille pensa au jeune Werther. Pourquoi ? Aller savoir ? Ces couleurs d’automne auxquelles elle associait toujours ce héros. Parce qu’il avait la chevelure d’un poète ? Parce qu’il avait la stature du penseur ? Il y avait de la finesse dans cette vision. Un charme ancien, amené sans prévenir, par un adolescent.

Virginie eut un sourire, avant de s’arrêter, au mot répété. Ses yeux bleus l’avaient étudié doucement. Il avait l’air surprit. Avait-elle été trop présomptueuse ? Oui, après tout, peut être que Koji n’avait pas envi de passer plus de temps que cela avec elle. Le hasard les avait réunis. Mais ensuite ? Non c’était faut. Injuste même. Ils étaient entrain de partir pour une marche. Ils allaient probablement aller au marcher. Non. Elle était injuste avec lui se raisonna telle. Un cheminement de réflexion, qui eut juste le temps d’aboutir, pour la précision de son interlocuteur. Discuter. Voilà une activité que l’adolescente pratiquait, avec une aisance relative, mais existante. Elle n’envisagea pas un instant que cela aurait put être blessant. Que Koji put être entrain de lui glisser qu’elle serait inutile. Parler était tout aussi important qu’apprendre chez elle.

-« D’accord ! Eh bien je suis un vrai oiseau de nuit… de jour aussi en fait. On se croisera surement. »

Il se mit en retrait encore une fois. Virginie le regarda une seconde sans pour autant faire de remarque. Elle était un peu intriguée. Il était dans son dos. Son tempérament faisait naitre ce petit rien de gêne. Mais il fut bien vite chasser par l’opinion, qu’elle se tissait de ce compagnon de route. Et puis son esprit se portait déjà vers l’air libre. Elle descendait comme une femme qui va retrouver un morceau de paradis. Elle ne réalisait pas qu’elle dansait presque en rejoignant ce bout de terre.

Comme parfois ses pérégrinations urbaines devenaient des pistes d’exercices. Elle n’avait toujours pas cherché un cours sur Londres. Pourquoi ? Seule la demoiselle aurait put répondre à cette question. Peut être y avait il, un peu trop de nouveautés, qui s’étaient allongées sur son existence. Partir à la rencontre d’un nouvel enseignant, d’un nouveau groupe, encore une fois. Elle était assez studieuse pour imiter un autodidacte. Un jour, mais pas tout de suite, un jour elle retournerait dans une salle des glaces.

Au détour d’une marche un mot lui parvint. Il lui fallu quelques secondes pour analyser. Elle avait entendu ce mot. Où ? Le cours de langue, dans lequel elle mettait tant d’application, depuis son arrivée. Le français. La simple suggestion de ce mot fit briller son regard. Irrémédiablement, ce mot, en amena un autre avec lui. Virginie n’avait pas saisi le sens. Elle avait capté, plus qu’entendu, ce phrasé qu’elle voulait métriser. Koji parlait donc cette langue ? La seconde question mit à peine une seconde à éclore. Pourrait-il la lui apprendre ? Son cœur se gonflait déjà de joie, à la simple ébauche, d’une hypothèse secrète. Elle pensait à cela sans vraiment oser se le projeter. Comme si ce sujet, en particulier, pouvait être mi en danger par un trop grand espoir. Idiot sans doute.

La petite amoureuse repoussa ce fantasme, innocente, derrière les portes de sa pensé. Ce moment était celui de la ballade. Parce qu’elle ne voulait pas spolier Koji avec ses désirs personnels, égocentriques. Virginie n’avait pas à se préoccuper du temps. Sa peau était de plus en plus imperméable. L’avantage de ne pas être encombrer par trop de tissu. Elle qui aimait être libre de ses gestes. Elle observa ce camarade près d’elle, regard parmi la matière. Détendue et heureuse sa spontanéité en était favorisée, embellie. Un rire délicat perça l’air froid du parc. Pour s’expliquer elle avoua avec amusement :

-« Tu ressemble à un touareg. »

Le silence s’installa sans s’imposer. Ses pas la guidait sans vraiment qu’elle les surveille. Son regard épiait le paysage avec douceur. Ils marchaient côte à côte ainsi. Virginie réalisa alors, le plaisir qu’il pouvait y avoir, à faire quelques pas sans le moindre mot avec l’autre. Koji découvrait ? Elle devina qu’il rêvait, elle le supposa. Car maintenant son caractère lui paraissait un peu moins étranger. A quoi pensait-il ? Et elle, à quoi pouvait-elle penser en voyant toutes ces plantes ? A ses dernières révisions au soleil d’un après midi ? A ces discussions prédéfinies au téléphone, qu’elle s’échinait à avoir avec sa mère, sans que celle-ci fasse le moindre effort. Aux minutes réservées à chauffer sa peau à la lumière d’un astre capricieux. Quoi d’autre ? Ses méditations nocturnes sous un ciel égocentrique et condamné de pollution.

La voix de Koji lui parvint alors sans qu’elle n’ait l’effort de la chercher. Elle s’attendait à ce qu’il parle du lieu. Qu’il lui donne son sentiment sur ce bout de chemin. Qu’il parte sur un nouveau sujet à rêverie. Mais non. Une seconde, elle hésita, sur le sens de ces mots. Chacun avait une, sa, définition. Assemblés ils donnaient… Koji continua lui offrant ainsi un temps d’adaptation. Et elle comprit. Bien mieux qu’il ne pouvait l’envisager en exposant cette impression. Elle comprit, parce qu’elle partageait tout cela. La fin la surprit de nouveau, mais cette fois Virginie osa en sourire. Une guide. Etait-ce possible, que ce rôle, lui apporte toujours autant de chance ? La vie semblait le lui dire. Alors entre le sérieux et la joie simple, elle resta fidèle à cette dernière.

-« Merci Koji. Tu sais… Ce rôle n’est pas bien compliqué quand le voyageur y met du siens ! »

Droit devant ses pupilles brillaient d’amusement. Elle ne doutait pas un instant des paroles de son interlocuteur. Elle le croyait. De la confiance en naissance. Cette assurance la rendait sereine. Non ce n’était pas compliqué quand quelqu’un était aussi doux et attentif. Dans cet instant, Virginie se sentait tout à la fois flattée, respectueuse et chanceuse. Voilà que quelqu’un était heureux de la connaître. Ce fait, avait pour elle, la force d’un présent inestimable. Comme chaque fois que la jeune élève apprenait à rencontrer l’autre. Tout ce qu’elle espérait c’était que cette magie dure. Et parce qu’il avait partagé avec elle, Virginie se sentit le droit d’en faire de même. Sans paraître inquiète, elle ajouta, simplement et avec une terrible sincérité.

-« J’ai peur aussi…

Un aveu. Aucune réponse n’était obligatoire. Son regard se posa alors sur une rose blanche brillante de perle d’eau. Son pas ralentit, pour s’arrêter, sans la moindre gêne. Elle ne bougea plus. Contemplation admiration, beauté. Ce que seul le hasard peut donner à un œil errant. Et comme à chaque fois la demoiselle ne put s’empêcher de vivre ce trésor. Et les mots qu’elle était entrain d’agencer, pour libérer son impression, sortirent tout bonnement dans un murmure plein de prudence.

-« Quelle est belle. »

Une seconde après, sautant dans la réalité, elle se retourna vers Koji. A mi chemin entre lui et la rose. Son visage rayonnerait de ravissement. Il y avait, cette même lueur, naïve qu’au moment d’ouvrir le chocolat. Cette même, fraicheur, de vie qui lui échappait, souvent. L’idée fit son chemin. Parce qu’il en allait ainsi avec la petite mutante. Parce qu’il était évident, pour elle, qu’une telle découverte était un signe. Le signe que cette mâtinée avait droit à son emblème. Parce que, ce qu’il a de plus beau, mérite d’être partagé, dans l’instant, et pour toujours. Parce qu’elle était presque sûr que son interlocuteur verrait la beauté de cette plante. Spontanément elle lui proposa avec naturel.

-« Elle serait bien dans ta chambre, non ? Qu’’en penses tu ? »


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Je reviendrais !!

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MessageSujet: Re: [RP] Une allée du Luxembourg-(terminé) Mer 2 Déc 2009 - 15:27

Il avait gardé le silence après l'avoir remerciée, comme pour laisser les quelques mots qu'ils avaient échangés dans leur esprit un peu solitaires, afin qu'ils y prissent toute leur valeur, ou du moins, la valeur qu'il voulait leur donner. Il était persuadé que Virginie avait fort bien compris ce qu'il voulait lui dire, car il ne doutait que la jeune fille, dans sa timidité fragile, et presque sa réserve, ne cherchât des raisons de s'ouvrir au monde avec plus d'assurance qu'elle ne le faisait – cela, il croyait pouvoir le lire dans ses regards, dans le rythme de sa marche, souvent assurée, mais parfois hésitante, dans sa façon de prononcer certains mots – et ne recueillît volontiers les assurances qu'il pouvait lui donner que, lorsqu'elle le faisait, c'était à merveille et le monde, qu'il se chargeait d'incarner pour l'heure, lui en était reconnaissant.

Qu'elle pût avoir peur, cela ne l'étonnait pas, et à vrai dire il n'avait pas besoin de l'interroger plus pour savoir de quoi il était question, car il sentait bien que la peur de la jeune femme devait être de ces peurs que l'on ne nourrit que dans l'adolescence, à l'orée d'une vie nouvelle et entièrement confuse, où des ombres s'agitent que l'on devine sans pourtant les pouvoir mettre en place, et, quoique lui-même ne s'inquiétât pas de l'avenir de la même manière, sans doute parce qu'il ne songeait pas à l'avenir de la même façon que le reste de l'humanité et que, pour lui, une large partie de cet avenir était déjà réalisée, prévue et calculée dans un recoin de son esprit, en l'espèce d'une myriade de possibilités qu'il pouvait observer à son aise, lorsque le besoin de prendre une décision de quelque conséquence se faisait sentir, et qu'alors il déployait toutes les vies qu'il pouvait mener dans les années à venir avec la même assurance qu'il l'aurait fait de son passé, les comparant toutes en un instant dans son esprit, il comprenait fort bien que Virginie eût peur du simple fait d'avoir à vivre très certainement des évènements auxquels elle ne s'attendait pas, et au sujet desquels elle ne connaissait que sa propre ignorance ; mais il avait de cette peur une compréhension intellectuelle, dans laquelle il entrait un peu d'empathie, mais qui n'excédait pas les détails d'une observation minutieuse et aimante du monde, car lui-même ne la ressentait pas, ne pouvait pas la ressentir, et il avait l'impression que contempler en Virginie un être un peu étrange, avec ses angoisses touchantes mais en partie incompréhensibles, et alors lui-même se sentait âgé, trop âgé pour saisir tout-à-fait les tourments d'une adolescente, ou peut-être simplement étranger dans un monde qui ne vivait pas comme lui – ce n'était pas qu'il n'eût lui-même peur, parfois, de son destin, mais ce destin se présentait à lui dans des termes si différents, et il avait, en vérité, tant de raisons de le craindre, qu'il n'entrait dans ces peurs rien de ce qui pouvait former celles de Virginie : soit elles étaient bien trop métaphysiques, et d'une complexité surhumaine, soit, au contraire, elles étaient purement instinctives, comme une résurgence de l'enfant que Koji n'avait jamais cessé d'être, puisque, jeté dès le début de son adolescence dans un monde si complexe et si raffiné, il n'avait pas eu le loisir de faire sa crise, d'apprendre à devenir un adulte, ou quelque étape qui pût paraître nécessaire à la formation d'un jeune homme – et dans lequel il se sentait, et peut-être l'était-il vraiment, rien moins qu'humain : plus les jours passaient, ces jours qui pour lui étaient des années, moins il avait l'impression d'appartenir à l'humanité et moins, et c'était ce qui lui faisait vraiment peur, les problèmes de cette dernière le touchait.

Ainsi fut-il plus ému de la beauté de cette rose, qui surgissait soudain dans les jardins, qu'il l'aurait été de quelque misère humaine, sans qu'il fût pourtant insensible à la douleur du monde, tout au contraire : sa pensée si vaste envisageait le monde tout entier, et il y avait des souffrances intolérables qui se dissolvaient dans cet infini. Parfois, lorsqu'il songeait à tout cela, il avait honte, mais c'était une honte qui ne tenait pas devant ces raisonnements : il raisonnait donc, la honte disparaissait, et il avait encore changé. Alors il se souvenait des personnes qu'il avait aimées et qui l'avaient quitté, parce qu'en un mois il avait tant changé que non seulement elles ne voyaient plus en lui le jeune homme qu'elles avaient d'abord connu, mais elles ne voyaient plus en lui ce qu'elles croyaient être l'humanité, et qu'il était peut-être moins que tel de ces mutants dont la mutation modifie radicalement le corps, le couvre d'écailles ou de plumes, mais qui, sous ses apparences animales, garde un corps sensible comme celui de tous les êtres humains, et une intelligence à ce cœur proportionné, tandis que lui, si normal en apparence, pensait et sentait tout autrement.

Il s'agenouilla près de la rose, frôlant les pétales de la fleur de ses doigts, qui semblaient presque ceux d'une jeune fille.


« Far-off, most secret, and inviolate Rose,
Enfold me in my hours of hours »


Car cette rose, pour Koji, portait en elle toutes les roses qu'il avait déjà vues, et toutes celles qu'il avait déjà lues, comme la rose de Yeats dont il venait de citer les vers, comme la rose de Ronsard ou de Shakespeare, comme la rose de Sylvia Plath, comme les fleurs des jardins d'Emily Dickinson et les rosiers de ceux de la Reine d'Alice ; chaque pétale de cette rose ployait sous des centaines de pages, et, seul au monde peut-être, il voyait dans cette rose les beautés les plus pures de l'humanité. C'étaient des beautés coupables peut-être, qui le détournaient d'un monde souffrant réellement, mais des beautés tout de même, et des beautés éternelles.

Sous le voile de ses cheveux, il releva le regard vers Virginie, et lui adressa un sourire un peu triste, essentiellement dissimulé par son écharpe ocre.


« Non... Non, elle ne serait pas bien dans ma chambre. Cette rose est bien ici. Elle vit encore, elle plonge ses racines dans la terre, une avec le monde, comme nous ne savons plus l'être sans doute. Si je la prends et je l'arrache, si je l'emmène dans le monde des Hommes, elle vivra un jour, deux peut-être, et ses pétales tomberont, elle se flétrira, elle ne sera plus que l'ombre d'elle-même, et ce ne sera plus une rose. »

Sa voix à nouveau avait pris l'inflexion calme et profonde, un peu mélancolique, qui n'était pas celle d'un adolescent : c'était une voix de sagesse vieille comme le monde, comme si le monde-même parlait par sa bouche.

« La nature a fait des roses pour embellir ses jardins, nous avons fait des tableaux pour embellir nos murs. Nos tableaux ne meurent pas : ce sont des beautés sans meurtre. »

Il s'était relevé en parlant, adressant à la rose le même sourire un peu protecteur qu'il aurait adressé à Virginie, et il avait l'air de ces génies des bois que l'on trouve dans certaines mythologies, qui expliquent aux voyageurs égarés les merveilles de la forêt et rassurent les arbres quand ceux-ci sont en colère. Il revint près de la jeune femme, et d'une voix moins lointaine, et plus jeune, et plus joyeuse, il reprit la parole.

« Je crois que je vais demander à mon père de m'envoyer des tableaux que j'ai chez moi. »

Il y avait quelque chose d'étrange, et presque d'impossible, à entendre Koji parler de son père, comme si un être tel que lui, hors du temps et de l'espace, dont la pensée n'avait rien de commun avec celle du reste du monde, dont l'âge semblait ne rien signifier, pût avoir des parents, eût été élevé par eux. D'ailleurs, Koji ne parlait presque jamais de ses parents, et s'il avait à le faire, et si le mot semblait étrange, c'était aussi parce que, en le prononçant, il avait l'air un peu gêné, ou un peu triste. Quand il en parlait, enfin, ce n'était jamais pour dire « mes parents », mais seulement « mon père » : à l'entendre, on eût cru que sa mère, pourtant bien vivante, n'existait plus.

« C'est un peintre avec qui j'ai... »

Sous l'écharpe et sous les cheveux, après s'être arrêté net dans sa phrase, Koji rosit légèrement.

« Enfin, c'était un ami, et il me les a donnés. »

En quelques mots, Koji était redevenu un adolescent comme les autres, ou presque, qui venait d'en dire plus qu'il ne l'aurait voulu et qui, avec une maladresse incroyable, et un peu touchante, tentait de prendre un air dégagé et naturel, comme un enfant qui, après avoir cassé un vase, essaye de se comporter normalement, et dont la sagesse inhabituelle est pour ses parents un signe infaillible de culpabilité. L'évocation de ce mystérieux peintre venait de faire surgir sa timidité et son intime tristesse, ces sentiments si humains qui, une seconde plus tôt, s'étaient mués en impressions métaphysiques au point d'être intimidants ou méconnaissables ; ainsi l'humanité dormait-elle toujours, et peut-être pour toujours, au fond de son esprit, et même lorsqu'elle semblait prête à s'éteindre, elle n'en surgissait pas moins, la seconde suivante, profitant de la moindre évocation pour se signaler, pour s'épancher et pour ramener Koji vers un monde qu'il croyait devoir quitté pour jamais, et qu'il était heureux de retrouver, quoique il rejoignît également, en le retrouvant, certains souvenirs et certaines douleurs, des souffrances qui ne s'étaient jamais tues et contre lesquelles sa raison ne pouvaient rien, mais qu'il accueillait, non avec une résignation toute philosophique, mais avec un soulagement fiévreux, car ils étaient le signe, dans leur cruauté, qu'il demeurait, pour quelques jours encore au moins, un être humain.
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MessageSujet: Re: [RP] Une allée du Luxembourg-(terminé) Sam 12 Déc 2009 - 21:26

Le silence les engloba, ce silence de l’humanité, celui où toute la vie peut commencer à s’exprimer. Un oiseau au loin chantonna, une mélodie sans rythme apparent, le chant d’une créature qu’elle ne pouvait même pas distinguer. L’absence de mot la réconforta. Parce qu’elle signifiait un commun accord. Nul besoin de parler lorsqu’on sait écouter. Et cela, Virginie ne doutait pas, que Koji le faisait à la perfection. Il donnait cette double impression d’attention et de dérive. Un regard tout à la fois méditatif et concentré. En tant qu’interlocutrice la mutante le pensait suffisamment talentueux pour pouvoir faire tout cela sans grande difficulté. Peut être, parce qu’elle sentait cette intelligence, sans la comprendre réellement ? Peut être parce qu’un simple mouvement du regard, ou le son d’un pas, pouvait traduire leur pensé sans les trahir.

La peur oui. Cette émotion, cette geôlière. La jeune fille la connaissait particulièrement bien. Une compagne de vie, dont elle s’accommodait plus ou moins bien. Comme ces êtres punis par les dieux. Ceux dont l’ïre amène une sentence inéluctable. Il fût décrété un soir de septembre, 17 ans plus tôt, que l’enfant aurait la peur au ventre. C’était une condamnation vicieuse. Avec tout son îlot de conséquence. Elle avait mit à mal, les barrières mentales, d’une enfant sans faiblesse corporelle. Certains diront que voilà l’œuvre de la nature, qui s’emploie à faire régner un équilibre en toute chose. D’autres que cette petite était tout simplement mal née, et que rien d’autre que le hasard pouvait se venter d’un tel métissage. Virginie ne croyait pas au destin. Elle n’avait ni la force de Phèdre, ni la conviction d’Electre. Elle. Une simple adolescente portée par un tempérament peu sécurisant. Il fallait la confronter à ses angoisses, les plus archaïques, pour comprendre que tout son psychisme s’était construit sur un verre brillant mais terriblement fragile. Beaucoup s’en moquait. Elle n’écoutait pas. Parce qu’en se sachant ainsi l’enfant n’en perdait pas l’espoir de changer.

Changer n’était d’ailleurs pas le bon mot. Non. C’était progresser qui illustrait le mieux son état d’esprit. Parce qu’en acceptant de changer, elle reconnaitrait alors tout le discours que les autres lui proposait. Et même en pleins doute Virginie savait qu’il était idiot de vouloir renier ce que l’on était. Autrement dit accepter d’entrer dans le moule dans lequel on souhaitait l’enfermer. Et peureuse elle était également intègre. La conformité, lui faisait tout à la fois, peur et envie. Elle cherchait à ressembler à ce qui convenait d’être tout en craignant d’y arriver. Un cercle vicieux qui bousculait ses semblants de repères identitaires. Dans ce chaos individuel, seul l’amour au sens le plus large lui offrait un appui. Celui de la danse, de la nourriture, de l’apprentissage…

Koji, incliné vers la beauté, était d’une délicatesse magnifique. Il y transparaissait un respect, que sa compagne de ballade, admira avec trouble. Les vers, du secret de la rose sonnèrent dans l’air, comme l’hommage qu’ils voulaient être. La spectatrice reconnue les phrases sans réussir à retrouver leur auteur. La voix de sa mère lui revenait, quand elle était au dessus de son épaule, alors qu’elle lisait en silence. Il y avait eu tant de livre obligatoire. Une enseignante tyrannique et exigeante. Une femme qui lui avait ouvert la porte des mots.

-« De qui est-ce ? Je ne me souviens plus. »

La lueur de ses yeux marron la perturba. Elle ne pouvait tout à fait discerner la tristesse de son sourire mais la devina. Le jeune homme avait déjà eu cet air sur l’autre trajet. Mais où cette fleur l’avait il reconduit cette fois ? Virginie les regarda, touts deux, la rose et le mortel alors qu’il déclinait l’idée. Le calme olympique avait refait surface tout comme la force. Face à un raisonnement si altruiste elle se sentit honteuse. Avait elle donc était si égoïste sans même le voir ? Sa voix prit cet accent de pardon dont elle ne pouvait se débarrasser dans ces moments là.

-« Tu as raison… je n’y avais pas pensé. »

Il lui expliqua encore. Elle écoutait avec l’attention d’une élève en mal de connaissance. Il lui donnait l’impression d’être la vérité même. « Des beautés sans meurtre. » L’image lui plut. Elle la garderait en mémoire. Ses bouquets la rendaient donc tueuse en série. Elle se promit d’arrêter. Douce et influençable Virginie ne pouvait envisager une rose autrement maintenant. Peut être aurait elle dû penser à saint Exupèry, à la fleur abandonnée, avant de commettre ses forfaits. Un hochement de tête lui répondit solennellement.

Et le prêtre de la nature reprit de lui-même. Evoquer des parents mettait toujours Virginie mal à l’aise. Car elle devait alors se référer à son seul exemple pour les imaginer. Elle non plus ne parlait pas de ces gens. Ils étaient souvent dans ses pensées. Cependant ses actes en étaient toujours éloignés. Repoussés le plus possible loin de ces critiques mal attentionnés. Un sourire poli accueilli le projet. C’était sans aucun doute une très bonne idée pour lui.

Quoi qu’elle crut sentir une pudeur étrange dans ces quelques mots. Ses yeux bleus le détaillèrent. Quelle était son histoire ? Il répondit à sa curiosité. Mais la suspension dans la phrase amena une nouvelle question. Il avait l’air gêné. Koji gêné. C’était aussi étrange que quand elle voyait son air de centenaire. Cet être était trop humain pour avoir à se sentir gêné. Du moins est-ce la pensée qui traversa son esprit. Pourtant elle perçue quelque chose. Sans comprendre exactement ce qui le troublait Virginie vola instinctivement à son secours.

-« C’est une bonne idée oui. Cela égayera tes murs tout blancs. Moi, je n’ai pus y mettre que des images. Une vraie mosaïque. Un artiste ni retrouverait pas ses petits ! »

Pour encourager cette tentative son corps entama un mouvement. Ses doigts recommençant à jouer avec le tissu, alors qu’elle regardait le sol, un instant. Ils passèrent devant d’autres fleurs. Ils parcouraient se paysages encadré. Sans s’en rendre compte la jeune fille le guidait jusqu’à son espace préféré. Ses pas s’y rendaient alors qu’elle ne l’avait pas consciemment décidée. Un papillon volait prés d’eux. Peut être le seul de ses compagnons à résister à cette brume humide. Ce messager du printemps se refusait à abandonner son rôle. Un sourire accueillit la petite créature et elle l’observait. Une petite brise l’éloigna et les tissus volèrent. Une moue échappa à l’adolescente.

De courte durée puisque sur leur droite apparaissait une petite clairière artificielle au centre de laquelle trônait un banc de pierre. Virginie s’arrêta et le regarda sans y penser.

-« C’est l’un des endroits au monde où je me sens le mieux. »

Parce qu’il en avait d’autres. Peu nombreux mais réels. Elle l’étudia un instant sous le ciel orageux. Il avait l’air un peu triste noyé de pluie. Mais cette image la séduit tout autant que sous un soleil hargneux. Pour ne pas ennuyer son compagnon la jeune fille reprit la route. Elle s’éloigna tranquillement. Le petit sanctuaire la verrait bientôt revenir. En souvenir de toutes ces heures passées, dans ces quelques mètres carrés, une question passa ses lèvres. Celle qui lui venait à chaque fois qu’elle arrivait ici prête à tourner des pages.

-« Qu’est-ce que tu lis ? »

Et non pas « est-ce que » car la demoiselle avait déjà comprit que c’était le cas. Sa démarche était sereine. Elle espérait que son ami avait éloigné ses mauvaises pensées. Elle cherchait le nom du livre qui l’attendait depuis qu’elle avait dû se plonger dans ses révisions nocturnes. Elle était curieuse. Par les lectures on en apprenait beaucoup.

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MessageSujet: Re: [RP] Une allée du Luxembourg-(terminé) Dim 13 Déc 2009 - 12:03

« Yeats. Ce sont des vers de William Butler Yeats. »

Koji était ravi que Virginie comprît son explication, car, comme il commençait à comprendre quelles incertitudes et quelles peurs guidaient parfois le comportement de la jeune femme, il avait craint de la blesser, craint qu'elle perçût ses explications, peut-être énoncées sur un ton dogmatique qu'il ne serait pas parvenu à retenir, comme une réprimande et un signe de rejet ; mais elle avait compris, et il se rendait compte à présent qu'il n'aurait pas dû en douter, car le respect que la jeune femme manifestait pour cette nature, même artificielle, qui les entourait n'était pas une construction intellectuelle qui, comme toutes les constructions, pouvaient s'avérer incomplètes et fautives, mais bien plutôt naissait d'une familiarité instinctive avec les lieux, et c'était alors un respect qui ne pouvait se formaliser des réflexions qu'on lui apportait, parce que lui-même les aurait nourri, s'il les avait pus, et aussi les accueillait-il comme si elles étaient les siennes propres.

Mais ce dont Koji était plus heureux, c'était que Virginie ne posât pas de questions sur ce peintre dont il venait malencontreusement de parler, et dont il n'aurait su que dire : toutes les subtilités de sa conversation n'auraient pas réussi à masquer ce qu'il désirait cacher, sans qu'il sût vraiment s'il le cachait par peur de la réaction de Virginie, ou par crainte de trouver à en parler une certaine douceur, qui ressusciterait pour quelques phrases des plaisirs perdus, et les éteindrait à nouveau, pour ne raviver finalement que la douleur qui les avait vu mourir.

D'ailleurs, c'était déjà trop tard, presque : maintenant, lorsqu'il regardait les fleurs, les arbres, lorsqu'il sentait la brume tout autour d'eux, il pensait aux arbres, aux fleurs qui peuplaient les tableaux de ce peintre, à la brume qui s'y répandait et qui jetait sur les paysages anglais une lueur si singulière ; il connaissait tous ses tableaux par cœur, il les avait admirés, de nombreuses fois, dans son atelier, pendant qu'il en peignait d'autres, dans le respect silencieux qu'il estimait devoir à un artiste qui crée. Et puis, dans un tableau, dans un paysage que le peintre aurait peint pour quelque exposition, il aurait connu, glissée au cœur de la composition comme un secret, la fleur qui n'avait été peinte que pour lui, pour qu'il sût que c'était à lui que l'on pensait, comme une attention délicate qui n'avait de sens que pour eux seuls, et qui pour cela était la plus précieuse chose qu'ils partageassent. Comme si un poète avait glissé les syllabes de son prénom dans tous ses vers, il pouvait s'imaginer être la source d'inspiration constante du peintre ; dans ces moments, il s'était senti aussi précieux que la rose, fragile, peut-être d'une espèce rare et unique, qui avait servi de modèle à la fleur dont il était lui, en réalité, l'âme.

Il aurait presque pu prendre plaisir à cette promenade mélancolique où les souvenirs se dressaient entre la nature et lui, si le souvenir de l'atelier qu'il avait tant de fois fréquenté n'en ramenait pas un autre, du même lieu, le souvenir de la dernière fois où il y avait pénétré, où le peintre – il se souvenait exactement du moindre des ses traits, de l'exact nuance dans la couleur de ses yeux, nuance qu'il ne lui connaissait pas alors, qu'il découvrait pour la première fois et dont il devinait, avec un instinct d'enfant, qu'elle n'annonçait pas une nouvelle création et que quelque chose, dans la profondeur de ce regard vert, était au contraire en train de se détruire, irrémédiablement – avait décidé d'une séparation dont lui, Koji, ne s'expliquait pas encore très clairement les raisons ; c'était qu'il ne comprenait pas combien sa présence pouvait être douloureuse à un artiste ou un intellectuel, qui après avoir peiné pendant des années pour comprendre tel dessein d'un tableau de Michel-Ange, ou tel développement d'une théorie de Spinoza, les lui montrait, en comptant les lui expliquer, à lui qui les avait compris dès le premier coup d'oeil et qui, avec la naïveté de l'extrême intelligence, balayait en un sourire tendre, mais légèrement condescendant, tout un orgueil.

Alors leur séparation pour lui était demeurée un mystère dont il croyait devoir ne jamais se remettre et qui, en ne cessant d'habiter sa vie, empêchait qu'il cessât de penser à celui qui en était à l'origine. Plusieurs mois eussent dû suffire à ce qu'il fît son deuil, mais tout en croyant y être parvenu, il ranimait, à la moindre occasion, le souvenir d'une relation perdue, qui n'était pour lui qu'un peu abîmée, et dans laquelle, sans en avoir parfaitement conscience, il laissait encore un peu d'espoir survivre. Mais, pour l'heure, la conversation de Virginie l'empêchait d'y songer, non que son esprit n'eût pu entretenir ces deux pensées, et bien d'autres, au même instant : si les paroles de la jeune femme étaient si salvatrices, c'était que Koji employait toute la force de sa volonté à s'y accrocher, à les développer, à les faire résonner, pour qu'elles occupassent tout l'espace de son esprit, et empêchassent quelque autre pensée que ce fût d'y résider. Ce n'était pas entièrement efficace, mais enfin, ça l'était assez pour qu'il ne souffrît pas, pas trop, en cet instant.

Il guida leurs pas vers le banc, dans la clairière, et s'y assis, en réfléchissant à la question de Virginie. Il se demandait comment il allait bien pouvoir y répondre. C'était que, comme tous les mots d'une langue dormaient dans son esprit, à chaque instant, dans l'attente d'être convoqués, et quand ils l'étaient, surgissaient en un éclair, il lui suffisait de regarder une page pour la lire, pour peu qu'il se concentrât, et il ne lui fallait guère qu'une heure pour lire les plus épais volumes, tant qu'ils étaient bien imprimés. Comment aurait-il pu alors citer à Virginie tous les livres qu'il avait lus, par exemple, la semaine dernière, sans l'effrayer par une longue litanie de titres ? Comment également lui expliquer ce qu'il lisait sans qu'il parût prétentieux ?


« Eh bien... J'ai un doctorat de physique nucléaire, un doctorat d'histoire de l'art, un autre en philosophie antique, et un dernier en histoire antique. Alors je lis un peu dans ces domaines. Cela dit, je viens de finir d'écrire une histoire de la philosophie, alors bien sûr, c'est surtout à cela que je me suis attaché ces dernières semaines. »

Il essayait de se rassurer sur l'effet de ses paroles, en songeant que Virginie avait sans doute croiser des gens bien plus étranges ici, des gens qui passaient à travers les murs, faisaient cuire des merguez avec leur petit doigt ou dansaient sur les peupliers, et qu'elle ne devait pas trouver très étonnant qu'un jeune homme de dix-sept ans pût être aussi compétent dans autant de domaines ; d'un autre côté, il avait toujours l'impression que son pouvoir était d'une nature telle qui le séparait du reste du monde plus sûrement que s'il avait eu des tentacules ou une deuxième tête, parce que toute sa personnalité, tout ce qui faisait, finalement, la communauté des humains et des mutants, c'est-à-dire la manière de penser et de ressentir, au-delà des pouvoirs, se trouvait chez lui profondément altéré.

« Comme tu as pu le remarquer, j'aime beaucoup la poésie, aussi. Les poètes français et anglais, surtout. Et j'aime beaucoup Proust. »

Combien de fois, lorsque ses pensées lui échappaient, et entraient comme en révolte, en se multipliant à l'infini, avait-il vu se croiser dans son esprit tous les personnages de la Recherche, avec leurs vêtements et leurs souvenirs, leurs relations propres et la vie autonome qu'ils avaient mené dans l'immense roman et qu'ils continuaient de mener dans son esprit, sans se soucier de savoir si vraiment ils y avaient été invités ? Et combien de fois des vers de Nerval, de Keats ou de Du Bellay s'étaient-ils formés dans son esprit, alors qu'il regardait une rose, une bibliothèque ou un visage ? Tous ces mots qui n'étaient pas les siens habitaient son esprit, jusqu'à l'en déposséder parfois. C'était une sensation étrange, parfois douloureuse, mais souvent charmante.

« Mais enfin, ce n'est peut-être pas très précis. Je pourrais te donner des titres, bien sûr, mais tout cela dépend tellement des circonstances, que je ne suis pas sûr qu'on puisse en faire un jugement assuré. Et puis, je suis d'un naturel très volage. »

L'adjectif était pour le moins équivoque, mais c'était dans cette équivocité même qu'il trouvait toute sa pertinence : l'esprit de Koji, comme ses sentiments, était en perpétuelle révolution, et les ouvrages qu'il avait admiré un jour étaient remplacés par d'autres le lendemain. Ce n'était pas qu'il déconsidérât les premiers, seulement les seconds avaient, pour quelques heures du moins, le mérite de la nouveauté, et pour un esprit tel que le sien, qui retrouvait partout des choses qu'il connaissait déjà, la nouveauté était un miracle, un bien de plus en plus rare, dont il faisait une quête acharnée, et parfois presque maladive, pour se convaincre qu'il n'avait pas tout lu, pas tout lu, et qu'il lui restait encore des mondes à découvrir, et d'autres mondes à ignorer. C'était cela, peut-être, le bien le plus précieux qu'il ne possédait pas, ce qu'il rêvait d'avoir un jour en toute certitude, car il s'en faisait une idée qui était celle d'un repos absolu, que lui ne goûtait jamais : l'ignorance.
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MessageSujet: Re: [RP] Une allée du Luxembourg-(terminé) Dim 20 Déc 2009 - 17:53

Blessure, non il n’y en avait point eut, car aucune accusation n’avait déformé la voix de Koji. Il lui avait tout simplement ouvert les yeux. Et dans sa perpétuelle quête, qui la guidait, la jeune fille n’oserait jamais ressentir autre chose que de la gratitude. En mettant au jour ses défaillances il lui permettait de les combattre. Aussi douces avaient étés, ses attentions n’étaient jamais parfaites. Virginie se savait en apprentissage. Elle savait aussi que jamais la nature ne lui reprocherait sa maladresse.

Yeasts… oui… elle repensait à ce nom en marchant. La poésie : un genre qui la fascinait tout en l’inquiétant. C’était intimidant. Comme l’esprit de l’homme arrivait à synthétiser des millénaires d’impalpable ! Face à tel prodige l’adolescente se sentait comme une fourmi devant un scarabée. Petite créature sans profondeur. D’ailleurs malgré un esprit vagabond jamais la petite n’avait osé prendre la plume. Elle se savait trop restrictive, trop formatée, pour aller vers une véritable originalité. Il aurait fallut qu’elle se détache de toutes ses réserves un acte tout à fait impossible à cette heure.

Avec cette empathie toute naturelle la jeune fille venait de manquer un tournant. Koji lui aurait peut être livré une part de sa vie. Un secret qui aurait renforcé ce fil entre eux. Mais, Virginie avait aussi cette intuition, que chaque confidence doit arriver sur les ailes de la liberté. Si son tout nouvel ami ne voulait pas encore partager alors elle attendrait. Il y aurait un autre moment, une autre heure, où les possibles seraient élargis. Ce matin ils se permettaient déjà de s’apprécier.

A ses côtés, l’adolescente, ne pouvait entrevoir le puits sans fond dans lequel un simple tableau l’avait emporté. Il n’y avait que ce profile de songeur qu’elle ne voulait pas interrompre. Parce que sans en sentir la force, elle en voyait les conséquences sur sa marche et son regard. Koji subissait et elle était impuissante. Pourtant il lui sembla qu’il se battait contre les eaux insondables. Ou était ce l’espoir seulement qu’elle avait pour lui ?

Ses pas suivirent ceux du jeune mutant. Il voulu s’assoir. Et c’est avec la plus tranquille des spontanéités que la demoiselle l’imita. Il leur offrait un délicat moment de suspension. Virginie l’apprécia avec cette chaleur enfantine qu’elle gardait. Ses pieds frôlant la terre pour y dessiner une œuvre abstraite. Les mains de chaque côté de sa silhouette elle attrapait la pierre sans s’en rendre compte. Une façon indirecte, peut être, de s’encrer un peu plus dans le présent. Un présent au savoureux goût de découverte.

Ses yeux tournés vers son interlocuteur papillonnèrent d’abord. Son esprit chercha une logique. Comment quelqu’un d’aussi jeune avait-il put faire tant de chose ? Parce qu’elle n’envisagea pas que tout cela soit faux. Koji était humble. Du moins en était elle convaincue. Il y avait dans sa voix la retenue propre à la sincérité. Virginie imaginait donc, qu’il était la réincarnation du sage, qu’elle avait entrevu dans son regard. Qu’il était là pour accompagner les hommes.

-« Tu es un génie ? »

La question avait été soufflée. Elle pensait à tous ces contes ou la créature magique venait aider le mortel. Et Koji développa son idée en parlant de la poésie. Oui cela elle l’avait bien vu. Il aimait la poésie. La manière dont il avait célébré cette rose le lui avait montré. Il aimait les mots. Peut être –surement- à un degré invisible pour ses jeunes années. Virginie aimait les lettres bien sûr. Cependant, leur influence sur les êtres, la rendait plus déférente qu’amoureuse envers la langue.

Proust… Virginie avait une connaissance tout juste acceptable de tous ces personnages littéraires. Ni les études ni la curiosité ne l’avaient assez retenue prés d’eux. Elle avait voulu vivre la vie de ces mots sans jamais y arriver vraiment. Il n’y avait que son inclinaison pour les belles choses qui lui avait permit de les garder un peu en mémoire. Comme la réminiscence d’un regard ou d’un son que la mémoire s’est accaparée sans attendre de permission.

-« Celui qui a réussit à donner à la madeleine toute la beauté du monde… »

Elle rougissait en disant cela, sachant combien sa réflexion devait lui paraitre simpliste. Cela dit, elle avait toujours eut une affection particulière pour ce passage. Il raisonnait tout à la fois dans son amour du bonheur et de la nourriture. Et elle retrouvait dans cette friandise imbibée de thé un peu de ce paradis, qu’elle s’évertuait à connaître parfois. Koji se justifia un peu plus.

La mine de la presque enfant trahissait toute sa surprise. Elle ne s’était pas attendue à ce qu’il partage aussi simplement tout ceci. C’était le prestige des penseurs que d’avoir autant de patrimoine. Elle s’en sentit tout à la fois flattée et intimidée. Qu’avait-elle à répondre à un Ronsard avec ses lectures de roman ? L’application qu’il mettait à lui ouvrir sa réflexion la perdait un peu plus. Il devait avoir emmagasiné tant de pensée… Comment pourrait elle, ne serait ce qu’appréhender, tout ce monde ?

Volage, un mot, qui la fit sourire. Il était si étonnant dans ce contexte. Elle n’arrivait pas à imaginer Koji comme un être inconstant quelque que soit le domaine. Il avait l’air bien trop intègre pour se détourner sans façon. Elle se demanda alors si ce penchant se répercutait également dans sa réaction à l’autre ? Pour Virginie c’était tout bonnement impossible. Sa fidélité était le ciment de ses certitudes. Et dieu sait combien elle en avait besoin. Elle pensa au personnage de Wilde et à d’autres…

-« Tu es comme le marin en partance à chaque instant… »

Un sourire dans la voix elle avait dit cela en imaginant l’océan d’un de ces univers encore en attente. A cet instant, plus que pour toute sa connaissance universelle, c’est cette liberté que Virginie lui envia. Pourtant il n’y avait aucun reproche dans son comportement. Elle était un peu plus intriguée par ce que semblait être son interlocuteur. Un véritable personnage d’histoire. Le fait d’avoir put le croiser lui semblait encore plus précieux à l’orée de leur avancée.

-« Alors qu’il me faut des semaines pour commencer à envisager à ouvrir de nouvelles pages. »

Ils étaient différents. Koji trois fois adulte au moins et elle encore enfant. Elle le regarda gentiment. Timide de cette vérité. Il avait déjà comprit ce que elle cherchait à se cacher. Il savait tout. Alors… que pouvait lui apporter sa compagnie ? Jamais elle ne pourrait tenir un quelconque débat philosophique, encore moins échangé des thèses de physique. Pour chasser cette affreuse réalité la demoiselle préféra la question.

-« Toute cette connaissance… tu vas pouvoir faire beaucoup de chose avec… tu as une envie ? »

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MessageSujet: Re: [RP] Une allée du Luxembourg-(terminé) Dim 20 Déc 2009 - 19:07

Peut-être effet d'un vent lointain, au nom inconnu, qui bouleversait les nuages de leur ciel londonien, peut-être grâce de l'heure qui avançait et amenait un soleil plus robuste à éclairer le parc de l'Institut, mais l'air se réchauffait doucement, et la brume, qui avait enveloppé les premiers pas de leur promenade, se dissipait, de sorte qu'une lumière plus vive, moins diffuse, dessinait des reliefs plus nets, des ombres plus denses, et donnait finalement au parc une physionomie qui, sans être complètement différente de celle à laquelle ils avaient pu s'habituer, avait une certaine nouveauté qui laissait Koji un peu rêveur, mais aussi rassurée, parce qu'elle amenait avec sa beauté différente l'idée que leur promenade n'avait pas suffi à épuiser pour son esprit les charmes de ce parc, que ces charmes même ne s'épuiseraient jamais, parce qu'ils dépendaient étroitement d'un rayon de soleil ou d'un souffle de vent, qui en changeant l'éclairage changeaient le tableau ; ainsi le jeune homme prenait-il conscience, comme d'ailleurs il le faisait souvent, que tout son savoir n'était pas nécessairement terrible, qu'il ne l'empêchait pas d'être enchanté, parce que les enchantements d'un monde sans cesse mouvant sont toujours renouvelés.

Il avait finalement ôté sa longue écharpe ocre, avec des gestes un peu lents, comme un malade qui, incertain encore de la température qu'il fait à l'extérieur, mais décidé pourtant à effectuer ce matin une promenade hygiénique, marche lentement, pour ne pas trop s'éloigner de la maison dans laquelle il pourra se précipiter si soudainement il lui semble que le fond de l'air est trop frais et que la promenade, de salvatrice pourrait devenir dangereuse. Alors, comme le paysage qui sous leurs yeux venait de s'infléchir légèrement, le visage de Koji changea : lui dont ne se distinguaient auparavant que les yeux, dans lesquels siégeait toute sa sagesse, et qui avait l'air distant d'un sage antique, reprenait son air presque enfantin, ou plutôt son visage adolescent aux traits féminins, sur lesquels se jouaient alternativement l'insouciance et la mélancolie de la jeunesse. Mais comme son regard n'avait pas perdu sa profondeur, il en était plus étrange encore peut-être, un peu hybride.

De temps à autre, et de plus en plus souvent, il détournait son regard des arbres et des puissants pour le poser sur la jeune femme à ses côtés, et il contemplait les traits de Virginie avec la même rêverie esthétique que, quelques fractions de seconde plus tôt, telle nuance dans les couleurs du paysage ; il la trouvait belle comme un ciel de Turner, où les nuages forment une présence majestueuse mais que la lumière peut à chaque instant briser, et il sentait chez elle une souplesse presque craintive, une timidité faite de retraits et de souffrances. Alors son affection pour la jeune femme – beaucoup pourraient croire qu'il n'était pas possible qu'il eût conçu déjà quelque sentiment pour elle, mais c'était oublier que dans l'esprit de Koji, une seconde contenait plus de mouvements qu'une heure, et ainsi avait-il l'impression de connaître Virginie depuis des années – redoublait et le regard qu'il posait sur elle prenait cette bienveillance qui se répand de celui qu'un très vieux sage pose sur un enfant.

Il n'avait répondu à la première question de cette enfant que par un sourire mystérieux, et en vérité il était incapable de trouver une réponse qui eût mieux convenu. Sans doute était-il un génie, et les psychologues lui avaient assuré à bien des reprises que son quotient intellectuel atteignait des sommets qu'on ne savait pas mesuré. Sous ce rapport, il était probablement l'être le plus intelligent de la planète, à cet instant précis. Mais cette intelligence si remarquable était d'une grande discrétion et, quelque part, d'un grand égoïsme : il n'offrait pas au monde le fruit de ses réflexions, ou bien avec parcimonie, et si dans son esprit il était effectivement un génie, ne l'étant pas aux yeux du reste de l'humanité, il lui semblait qu'il ne le fût pas du tout. D'ailleurs, eût-il eu le sentiment de l'être qu'il ne l'aurait pas dit, car il sentait bien que Virginie serait effrayée, si par malheur elle prenait conscience de l'étendue de ses capacités.

Il avait compris, dans ses regards, dans ses rougissements, dans certaines intonations de sa voix, que la jeune femme vivait dans une humilité douloureuse, dont il ne connaissait pas encore la source, mais dont il comprenait qu'il était urgent, sinon de la détromper, tâche sans doute difficile et de longue haleine, du moins de ne pas lui donner lieu de s'exercer. Il voyait en Virginie beaucoup de qualités qu'elle ne se trouvait sans doute pas à elle-même, comme peut-être elle parvenait à voir à lui certaines qu'il ne se soupçonnait pas.

Mais déjà la question de la jeune femme l'entraînait vers d'autres pensées. D'ailleurs, cette question, qui sans doute paraît d'un bon sentiment, peut-être même d'une forme d'admiration, était terrible : elle touchait Koji en plein cœur, là où l'âme dissimule ses doutes et ses craintes dans l'espoir – parfaitement vain, puisque c'est en son cœur, là d'où rien ne s'enfuit, qu'elle repousse ce qu'elle devrait plutôt chasser au dehors – de ne jamais avoir à les affronter. Le sourire que Koji adressait à Virginie était devenu un peu triste.


« Tu sais, dans une certaine mesure, mes envies... mes aspirations sont hors de propos. Imaginons que quelqu'un puisse éteindre les incendies par l'effort de sa propre volonté. Aurait-il le droit de vivre une vie paisible, qui semble-t-il est le droit de chacun, au lieu d'essayer de sauver toutes les vies que son pouvoir lui permet d'épargner ? Les êtres comme nous, Virginie, ont des responsabilités terribles, et il peut arriver que nous ne nous appartenions plus à nous-mêmes. »

Son regard s'était enfui, pour se perdre à nouveau dans la contemplation du paysage, ou du moins en avait-il l'air, car en vérité il ne le contemplait pas vraiment : par son regard errant, c'était son être même qu'il regardait, comme il nous arrive de perdre nos regards dans le vide pour mieux observer nos propres pensées, qui naviguent dans un espace indécis entre nous et le monde.

« Je vois partout des incendies. Des appareils qui, mieux conçus, entraîneraient moins d'accident, perdraient moins d'énergie. Des moyens de sauver des vies. Des idéologies dangereuses qu'un raisonnement efficace pourrait dissiper. Des beautés que le monde ne possèdent pas et qu'il faudrait lui donner. Mais la vérité c'est que... »

Quelle était la vérité, en effet ? Il ne s'était jamais aussi sérieusement attaché à cette question qu'en tentant de répondre à Virginie car, comme souvent, ce qu'il trouvait plus prudent, ou même simplement plus confortable de se dissimuler à soi-même, il ne pouvait se résoudre à ne pas le dire aux autres, et telle question qu'on lui posait renversait les remparts qu'il avait édifiés autour de ses propres sentiments et faisaient émerger à sa conscience des réalités qui, sans être nouvelles, étaient demeurées pourtant longtemps insoupçonnées ; car lui dont les connaissances étaient plus étendues que celles de dix érudits ignorait ce qui se passait dans son propre cœur.

« La vérité c'est que, quand je songe aux idéologies passées et aux idéologies futures, aux appareils qui ont existé et qui existeront, quand je songe à ceux qui vivent aujourd'hui et qui demain seront morts, et ceux qui morts aujourd'hui vivaient hier, le monde qui tourne pendant que nous parlons m'apparaît comme une poussière parmi tous les mondes possibles. »

Un sourire d'amertume.

« Tout cela est assez triste, je crois. C'est très égoïste de ma part. Mais cela nous ramène à la question initiale : de quoi ai-je envie ? »

Sa voix avait un peu perdu de sa tristesse, parce qu'en décrivant à Virginie les incertitudes de sa pensée, et la honte secrète de son propre égoïsme, il avait eu l'impression d'épurer ces sentiments, et plus il y réfléchissait à présent, plus il trouvait impossible qu'il se sentît responsable du monde entier et il se sentait, sinon moins coupable, du moins un peu plus serein.

« A vrai dire, je crois que ce dont j'ai envie est précisément ce que j'ai beaucoup de mal à obtenir, car ce que je peux obtenir aisément, je l'obtiens, et l'ayant, je ne l'envie plus. C'est donc ce que je fuis sans cesse que je désire, et qui m'apparaît la chose du monde la plus désirable. »

Il y avait dans cette confidence très obscure presque tout ce qui faisait le mystère de son être : ces vérités si intimes qu'il venait de proférer avec une telle assurance, et une telle douceur compréhensive, Koji se les était dissimulées pendant des années, et ainsi les avait-il longtemps ignorées ; mais comme son ignorance n'était pas née d'un défaut d'intelligence, mais bien de la volonté de ne pas savoir qui il était, elle n'avait pas résisté à un effort de cette même intelligence qui pouvait s'exercer librement, justement parce qu'elle ne s'attelait pas à l'entreprise douloureuse et vaine de se connaître soi-même, mais parce qu'elle tentait de répondre, le plus honnêtement possible, à Virginie. Ainsi, peut-être suffirait-il que la jeune femme, en posant les bonnes questions, forçat Koji à jeter sur lui un regard que, seul, il ne pouvait soutenir de sa lucidité pourtant en tout autre domaine parfaite pour que l'âme du jeune homme, si trouble depuis des années, s'éclaircît enfin.

D'ailleurs, comme l'intelligence n'est pas si forte qu'elle puisse dominer toujours la volonté, même ayant commencé à le faire, il faut, ou du moins faillait-il chez Koji, qu'elle soit sans cesse encouragée dans son effort ; ainsi le jeune homme s'était-il contenté de répondre précisément à la question de Virginie, mais toute son intelligence n'était pas allée jusqu'à nommer la chose exacte dont il voulait parlait et n'avait fait, en réalité, que donner certaines caractéristiques, si bien que, tout en ayant répondu avec une sincérité assez intime, il n'avait rien dit qui fût vraiment éclairant.
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Virginie Parish

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MessageSujet: Re: [RP] Une allée du Luxembourg-(terminé) Mer 23 Déc 2009 - 12:12

Là, dans cet instant entre la matinée et l’après midi, le temps prenait des accents de vacances. Peut être le fait que Koji se dévoile ni était pas étranger d’ailleurs. Prés de lui, Virginie, n’avait put manquer la disparition du barrage à la couleur du désert. Elle retrouvait avec plaisir le dessin d’un visage encore nouveau. Nouveau, qui pourtant lui donnait une impression de connaissance. Comme si en ayant vue la douleur si insinuer, un peu plus tôt, son image avait marqué son esprit -sans qu’elle n’en ait conscience. D’ailleurs, non, pas une image, mais une sculpture. Un golem magnifique qui par sa douceur prenait l’aura angélique.

Quand un rayon d’or se posa sur lui la jeune fille ne peut s’empêcher de sourire. Le hasard offrait parfois si joli spectacle. Si elle avait conscience d’être observer à son tour, ce regard ne provoquait pas la panique redoutée. Parce que dans toute sa présence et son calme Koji lui avait prouvé que rien de malveillant n’émanait d’une telle étude. Il y avait chez lui quelque chose qui apaisait. La richesse de son regard, la féminité de ses traits, le timbre de sa voix. Comment aurait elle put le dire ? Le cadre probablement aussi jouait sur cette paix. Virginie ne cherchait pas à l’analyser. Elle l’accueillait plutôt comme un petit cadeau inattendu.

Le petit sourire qui répondit à sa question amenait à son tour, un sourire plein de rire sur le visage de l’enfant. Il n’y avait chez lui aucune malice songeait elle. Aussi intelligent, puisse t-il être, il ne la traitait pas comme une simple mortelle. Elle était une. Et Virginie lui était reconnaissante de ce respect. Elle craignait aussi que celui-ci disparaisse à la première maladresse. Non pas que sa confiance envers le jeune homme soit trop fragile. Mais, c’était bien elle, qui appréhendait de le décevoir. Une appréhension qui lui donnait la preuve directe de l’influence de ce jeune homme sur sa vie.

Assisse, entre le soleil et la pierre, la demoiselle se demandait alors comment un esprit aussi vif que celui de Koji pouvait se reposer ? Il y avait tant à faire, ne serait-ce qu’avec cinq secondes de silence. Tandis que dans son monde, un geste, pouvait déclencher un tremblement de l’âme. Tout, oui tout, avait une force de loi, que la jeune mutante s’efforçait de contrôler. Elle se laissait dominer sans envisager un instant que ce fut mal. Ses réflexions elles mêmes étaient contrôlées par des convictions enfouies et destructrices. Mais dont elle avait à peine conscience, car trop absorbées, bien avant de savoir élaborer une pensée. Quand elle attendait la chaleur d’un cœur sans savoir qu’on l’en privait injustement.

Alors la patience de Koji prenait pour elle une valeur particulière. Un peu comme celle de Nakor qui à force de douceur était parvenu à fragiliser son mur. Et si son interrogation avait été un moyen de renforcer cette protection son intérêt n’en était pas moins sincère. La tristesse qu’elle porta aux lèvres de son ami lui serra le cœur. Ses questions n’étaient donc jamais les bonnes. Pourtant lui, Koji, ne se défila pas. Le courage d’un jeune guerrier. Peut être moins physique que celui de Luc mais tout aussi admirable.

Et ce qui lui dit raisonna douloureusement en elle. Des responsabilités… Oui. Elle les murissait depuis trois ans déjà. Depuis cette fuite nocturne au court de laquelle cette mutation avait prit un tour obligatoire. Et elle aussi observait la nature sans la voir. Cherchant au mieux ce que signifiait ce tambourinement dans sa poitrine. Il lui était clair que son rôle ne serait pas définit tant que sa mutation ne serait pas assumée jusqu’au bout. Paradoxe. Puisque que sa chasse à la vérité l’avait déjà mise au cœur de cette communauté de pariât. Elle ne pouvait lui répondre maintenant. Mais attendait-il une réponse ?

Sa voix reprit le fil de leur pensée. Pour les rattraper et mettre en forme un cheminement intime et personnel. Il eut quelque chose dans son ton qui l’incita à le regarder. Le regarder sans hésitation. Le regarder et entendre ce qu’il avait à dire. Parce que Virginie avait l’intuition que tout cela tenait plus de l’individu à ses côtés que de leur état de mutant. Il parlait de lui et elle voulait pouvoir être la confidente de cet instant. Plus encore ce qu’il avait à partager l’intéressait comme venant de lui… un autre qui la touchait et l’intriguait.

Oui, quelle était la vérité ? Virginie voulait l’entendre. Comme si déjà toute la sagesse de Koji était devenue le référent d’une vérité vraie. Elle baissa la tête surprise par la tristesse à son tour. A l’échelle de l’univers… peut être. Mais est ce que cela voulait dire que rien n’était faisable ? Son amour du monde lui interdisait pareil pensée. Mais en farouche esprit la demoiselle ne put envisager que tout était déjà fait. Elle avait affronté tout ce qu’elle était pour commencer à bouger les pierres. Il lui était impossible de renoncer. Quand bien même tout cela demeurait inutile.

-« Alors il faut les respecter même si on sait que c’est peut être vain. »

Un froncement de sourcil accueillit le développement du jeune homme. « On veut toujours ce que l’on a pas. » Voilà comment elle aurait traduit ce qu’il venait de lui dire. Un état d’esprit propre à l’humanité toute entière. La base même de cette volonté humaine. Celle qui la poussait à envier, jalousé. Bien sûr Virginie était comme tout le monde. Elle cherchait à obtenir les choses les plus inaccessibles. Non pas dans un quelconque esprit de défi. Mais parce que ce qui est le plus impossible devenait le mieux. Et son angoisse de l’échec la freinait avant même d’avoir essayé. Alors envisager la chose devenait une épreuve en elle-même. Cela dit…

-« C’est comme lorsqu’on est enfant. Mais ça veut dire aussi que tu n’es jamais satisfait. Il n’y a donc rien qui puisse simplement te plaire ? Les choses dont on a envie et qui son à porté de main. »

Elle pensait à toutes ces envies soudaines au quelles elle avait répondu sans attendre. Toutes ses friandises dévorées sana le moindre remords. Toutes ces balades nocturnes qui ne faisaient que répondre à un besoin irrépressible de mouvement. Tout ce à quoi elle avait cédé avec bonheur et sans partage. Mais aussi… évidement toutes ces envies inavouées. Celles qui restaient à l’état de fantasme. Les paroles non dites. Les baisers manqués. Toutes ces choses, qui par leur absence, faisaient belles et bien parties de sa vie. Et c’est d’une voix adoucie par la persuasion qu’elle livra sa pensée sans en demander la permission.

-« Les quêtes impossibles devraient être réservées aux héros. On souffrirait moins. »

Avec un sourire un peu résigné, elle l’observa en coin. Ils dérivaient vers le cœur même d’une existence mortelle. Cela ne l’inquiétait pas. Une confrontation avec les fondements de leur fonctionnement. Cela pouvait venir aussi simplement que de parler de cuisine ou bien d’amour. Parce que pour elle tout méritait d’être dit. Quand la personne avec qui l’on est vous guide vers l’échange alors le dialogue devient une quête en lui-même. Il fallait s’oublier pour parler au plus proche de sois même. Et sans s’en rendre compte la petite reporter devenait une interlocutrice aussi mélancolique que sage.

Virginie était persuadée de ce qu’elle disait. Toute son humilité se confrontait en permanence avec sa recherche de progrès. Elle savait que tout lui était impossible. Et pourtant elle avait défiée ce concept en relevant ses propres frontières. Parce que dans les excès d’utopisme l’idée même d’impossible lui apparaissait risible. Que faire alors ? Si ce n’est se dépasser soit même pour rendre service à son âme. C’était là tout ce sur quoi elle reposait ses projets, ses aspirations. Sans pour autant ignorer qu’on au fond… oui au fond

-« Mais on serait plus malheureux encore si tout était acquis. C’est étrange non ? Je ne sais pas où se trouve l’équilibre. Toi tu sais ? »

Question spontanée et pleine de cette naïveté de leur jeunesse. Ses yeux bleus posés, sur le dessin d’un tronc, dont elle suivait les lignes de vie. Il y avait en elle, comme en chacun, toutes ces réflexions qui tournaient en ronds, en se percutant, se répondant, sans jamais se mettre d’accord. Peut être que Koji qui était si sage… peut être, lui, qui savait déjà mettre en mot leur plus grand travers. Peut être que lui avait un début de réponse. Et si ce n’était pas le cas, ça n’avait pas d’importance. Car le simple fait d’en parler aidait à le vivre avec. Virginie dans toute sa complexité était aussi très simple. Elle cherchait le bonheur avant tout et pour tout Ce qui pouvait la rendre malheureuse, devenait donc de simple concept qu’elle s’évertuait à éloigner. Puisque il lui était impensable de détruire. Puisqu’elle n’était jamais assez brave pour affronter.

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Je reviendrais !!

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MessageSujet: Re: [RP] Une allée du Luxembourg-(terminé) Mer 23 Déc 2009 - 13:43

Il ne lui serait pas venu à l'idée que Virginie pût lui être méprisable, parce qu'elle en savait moins, que toute sa vie elle en saurait moins que lui, et peut-être cette indifférence aux distances qui existaient entre son esprit et celui de la jeune femme naissait-elle justement d'un savoir qu'il avait acquis, ou plutôt qu'il avait lentement formé, de ces savoirs qui ne s'apprennent pas à la lecture d'un livre ou d'une fiche technique, mais qui exigent, dans les profondeurs de notre être, une élaboration lente et progressive, pour qu'un jour enfin ils puissent exercer pleinement leur force sur le cours de nos actes, commander à notre volonté, sans que nous-mêmes nous ne nous rendions compte que nous avons changé ; ainsi Koji, quelques années plus temps, à l'époque où sa mutation commençait juste à faire sentir ses effets, qui étaient déjà considérables, s'il eût rencontré Virginie, l'eût-il peut-être, sinon méprisé, du moins évitée, comme une personne qui n'avait rien à lui apprendre, et à laquelle il ne pouvait rien dire qu'elle pût comprendre. Mais les années avaient passé, son pouvoir s'était installé en lui, et désormais ce n'était plus une simple intelligence technique, d'ailleurs terrible, efficace et enviable, comme en ont certains grands génies humains sans l'aide de quelque mutation que ce soit, mais une intelligence profonde, qui avait modifié tout son être, qui s'était installée en lui : une intelligence de cœur.

Alors il avait compris qu'il lui fallait renoncer désormais à sentir avec quelqu'un d'autre la moindre solidarité fondamentale, car désormais il n'était plus de la même espèce, non seulement que les humains, mais aussi que les mutants, car personne, dans le monde, ne pensait comme lui. Loin de l'éloigner du monde cependant, quoique cela arrivât parfois en effet, la conscience de sa différence le poussait à ne plus exiger rien des autres qui fût semblable à ce qu'il pouvait trouver en lui-même, et à simplement recueillir ce qu'ils étaient eux, qui n'était ni inférieur ni supérieur à ce qu'il était lui, mais différents. Peut-être aussi se sentait-il plus âgé, et parfois en effet il avait l'impression d'être plus vieux que le monde, et avait-il acquis ce degré d'intelligence qui ne vient d'ordinaire qu'aux gens qui ont beaucoup vécu et beaucoup lu, ce degré qui permet de comprendre, non seulement les vérités et les théories compliquées, mais les erreurs-mêmes.

Beaucoup de son indulgence et de son sourire doucement protecteur tenait également à Virginie elle-même, et peut-être n'eût-il pas été le même avec quelque autre jeune fille de son âge, sans doute pas avec quelque jeune homme : c'est qu'il sentait chez Virginie des ombres douloureuses, vagues, confuses, et injustifiées. Mais plus que ces ombres, en réalité, c'était le spectacle émouvant qu'elle lui offrait d'une jeune fille en train de devenir adulte, et qui navigue entre ses doutes passés et ses certitudes futures, qui l'attendrissait ; il se sentait comme un horticulteur devant une fleur longtemps attendu qui est enfin en train de germer, et qu'il voudrait aider à grandir, de ses mains maladroites, trop grandes et trop vieilles, d'être humain.

Ainsi reconnaissait-il en elle des sentiments qu'il n'avait jamais eus, mais dont il savait qu'ils existaient, et qui constituaient pour lui les signes très délicats de l'innocence, et parmi tous ces sentiments, l'espoir, et plus que l'espoir-même l'espérance, qui guidait la jeune fille : cette volonté de moins souffrir, de trouver un équilibre, qui est la première étape d'une compréhension du monde, son fondement primordial et plus tard, parfois, malheureusement, ébranlé.


« Qu'est-ce qui te fait croire qu'il y ait un équilibre ? »

Il se pencha un peu vers le sol, étendit ses longs doigts féminins pour saisir une brindille et, avec une précaution attendrissante, comme un vieillard qui recueille un papillon de nuit égaré entre ses mains ridées pour lui rendre sa liberté dans la nuit, où il ne vivra plus que quelques heures, il fit tenir en équilibre, sur son index tendu, la brindille de bois.

« L'équilibre, c'est la position idéale dans laquelle un corps cesse de bouger, un état cesse de changer. La question n'est pas de savoir quel est l'équilibre... »

Avec la même précaution, et comme si la brindille était, non un morceau de bois mort, mais une fleur encore vivante, ou bien animal, il la reposa sur le sol.

« La question est : désirons-nous devenir des êtres pour lesquels il n'existe plus de mouvement possible ? »

Cette réflexion faisait naître un sourire sur ses lèvres de jeune homme, parce qu'elle le forçait à considérer à son tour ce qu'il savait, mais n'acceptait, que la souffrance est la part nécessaire de tous les plaisirs de la vie, que l'on ne peut apprécier de verre d'eau sans avoir la gorge sèche. Alors ses pensées, qui d'ordinaire se dispersaient, dans des milliers de direction différentes, venaient se concentrer sur sa plus intime souffrance, pour la creuser comme un puits sans fond, et saisir ce qui, dans sa noirceur, dans l'insupportable douleur qui en vrillait son cœur, naissait de plaisir ; son sourire s'effaçait peu à peu, parce qu'il ne naissait rien, que des souvenirs.

« O you will take whatever's offered
And dream that all world's a friend,
Suffered as your mother suffered,
Be as broken in the end.
But I am old and you are young,
And I speak a barbarous tongue. »


Il ne s'en rendait pas compte, pas plus que les mots d'un poème, ce qu'il laissait s'échapper, c'était des larmes silencieuses qui frôlaient sa joue, et il y avait dans son visage tant d'innocence et tant de promesses de joie qui rendaient ses pleurs encore plus terribles, que ces larmes semblaient presque une profanation. Il ne pleurait jamais ou presque, sauf lorsque ses pensées atteignaient cette ombre si concentrée au fond de son âme, ce souvenir unique, qui était horrible non parce qu'il était spectaculaire, mais parce qu'il représentait un sommet d'injustice : la mort d'un espoir.

Et alors, soudainement, avec une cruauté inhumaine, le poème tout entier avait franchi les limites perméables de sa conscience, et il étalait, dans une lumière vive, qui en éclairait tous les sens, ou du moins de tous ses sens celui qui précisément avait du rapport avec sa souffrance, comme si chaque vers, dans sa beauté cruelle, devait ronger quelque chose de sa joie de vivre, non pour la lui ôter pendant quelques secondes, quelques minutes ou quelques heures, mais bien pour faire en sorte que jamais plus dans sa vie il n'en éprouvât.


« Dance there upon the shore ;
What need have you to care
For wind or water's roar ?
And tumble out your hair
That the salt drops have wet ;
Being young you have not known
The fool's triumph, nor yet
Love lost as soon as won,
Nor the best labourer dead
And all the sheaves to bind.
What need have you to dread
The monstrous crying of wind ?

Has no one said those daring
Kind eyes eyes should be more learn'd ?
Or warned you how despairing
The moths are when they are burned,
I could have warned you, but you are young,
So we speak a different tongue.

O you will take whatever's offered
And dream the whole world's a friend,
Suffer as your mother suffered,
Be as broken in the end,
But I am old and you are young,
And I speak a barbarous tongue. »


[Danse ici sur le rivage ;
Quel besoin as-tu de te soucier
Des rugissements du vent et de l'eau ?
Et détache tes cheveux
Que les gouttes salées ont mouillés ;
Tu es jeune et tu n'as pas connu
Le triomphe du fou, non plus
Que l'amour perdu aussitôt que conquis,
Ni que le meilleur laboureur mort
Quand tous les épis sont à assembler.
Quel besoin as-tu de craindre
Le cri monstrueux du vent ?

Personne a-t-il jamais dit que ces yeux
Chers et doux devraient être plus instruits ?
Ou n'a-t-il averti du désespoir
Des papillons de nuit quand ils brûlent ?
J'aurais pu t'avertir, mais tu es jeune,
Et ainsi nous parlons une langue différente.

Oh, tu prendras tout ce qui t'est offert
Et rêveras que le monde entier est un ami,
Tu souffriras comme ta mère a souffert,
Et brisée comme elle à la fin,
Mais je suis vieux et tu es jeune,
Et je parle une langue barbare. »]

Il fallait en effet que cette douleur fût bien vive pour que Koji, près de Virginie pourtant, ne songeât pas que les vers qu'il récitait, comme pour ne pas la conserver trop longtemps dans sa seule mémoire, eussent pu ronger aussi l'esprit de la jeune fille, et que, s'ils caressaient le spectacle de son innocence présente, ils prédisaient également les affres de son savoir futur. Et d'ailleurs ces vers l'habitaient plus que lui eux, car sans cette douleur jamais il ne les aurait cru, et dans tous ses désespoirs et ses déceptions, hormis celle-ci, il avait toujours conservé l'espérance, une espérance moins pleine, moins joyeuse que celle de Virginie, sans doute, parce que plus tempérée et peut-être plus complexe, mais une espérance qui n'en était pas moins forte pour être plus réfléchie.

Mais cette douleur qui était une injustice, il ne la comprenait pas, elle ne correspondait à rien, et c'était ce qui, dans tout son esprit, dans toutes ces choses qu'il aurait à d'autres fallu des vies pour penser, la seule chose qui demeura tout-à-fait obscure et impensable ; mais ce n'était pas, en réalité, qu'elle fût complexe ou surprenante, cette douleur, et ce qui l'avait fait naître, mais bien que Koji savait que le jour où il ferait l'effort, qui n'était pas un effort intellectuel mais un effort sentimental, de la penser et de la comprendre, tous les souvenirs, et comme les espoirs, que sa simple existence, aussi pénible fût-elle, entretenait encore en lui – parce qu'en souffrant, il pensait toujours, et cette pensée là, noire, âcre, obscure, était douce parfois – s'évanouiraient et perdraient tout le charme qu'ils avaient eus pendant quelques mois, et qu'il aurait voulu garder encore pendant de longues années, comme un pénitent cultive en cherchant à l'expier le souvenir de son crime, à la fois pour goûter pleinement à leur douceur, en s'efforçant d'oublier que ces souvenirs avaient cessé d'exister, et parce que, une fois vide d'eux, il aurait quelque chose à construire dont il ne se sentait plus capable, et dont l'échec lui serait un spectacle plus douloureux encore que la douleur passée.
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MessageSujet: Re: [RP] Une allée du Luxembourg-(terminé) Ven 25 Déc 2009 - 20:16

Il lui répondit par une autre question. Elle songea à tous ces philosophes, qui ne pouvaient s’empêcher de questionner la question elle-même, avant d’envisager d’y réfléchir, encore moins d’y répondre. Cela, peut être pour une recherche lente et progressive amène à penser. Parce que partager s’est aussi pousser ses frontières. La jeune fille n’en avait pas conscience. Une intuition, sans doute, qui lui venait de ce regard déférant qu’elle posait sur toutes choses. Pour Virginie il ne s’agissait que de travailler un peu plus ses opinions. Une douce manière de la bousculer dans sa certitude. Puisqu’elle se voyait incapable d’en avoir une seule. Luttant ainsi contre elle-même à chaque instant. Alors l’enfant en avait prit son parti et accepté cette chasse interminable. Les valeurs s’étaient inversées pour sa propre survie psychique. Etre certaine devenait alors un danger et non plus un bien être. Seulement, chaque conviction ne pouvait se détacher d’elle, pareille à une membrane protectrice. Son utopisme, était le bouclier de ses terreurs, autant que l‘arme de sa quête. Il lui fallait donc du temps. Du temps pour savoir ce qu’elle voulait savoir. Du temps pour mettre à l’épreuve ses croyances sans craindre de les détruits. Du temps pour assumer enfin son individualité et son droit d’exister. Un labeur que laissé en héritage par une enfance dénuée de sécurité affective. Il fallait reprendre les bases et dans ces bases leur matériaux eux-mêmes. Un peu comme quand, pour comprendre le soleil, il lui avait fallut revenir au proton.

Redevenue une apprentie involontaire Virginie suivit le mouvement de son confrère. Parce que ce statut lui venait aussi naturellement que celui de l’ombre attentive. Parce qu’elle aimait apprendre, autant que respirer, où tout autre mouvement obligatoire à la vie. Alors son corps était penché vers ce morceau de bois. Parce que la chaire suivait la pensée dans tout ce que celle-ci faisait. Ainsi, pour Virginie, un pas de danse devenait un mot murmuré, un baiser un secret, une mèche de cheveux un rire. Et dans cette profusion chaque émotions un saint graal. Ses iris le détaillaient telle une femme l’aurait fait d’une pierre précieuse. Tout avait la mesure d’un bijou au regard d’une pie hésitante. D’ailleurs… si, comme les bohémiennes Virginie passait sa vie parée, c’était bien pour illustrer tout cet amour. Son amour du scintillement : le scintillement d’un bout de frêne, celui d’un mouvement de l’âme. Et sans le savoir cet amour débordant pouvait la rendre jolie et fragile.

Elle n’avait jamais entendu cette définition du mot « équilibre ». Ce n’était qu’une notion abstraite un peu théologique et très compliquée à trouver. Ce qui résumait en elle le but de l’humanité : la paix. Pouvait-il y avoir d’autre but que celui-ci ? Dans son petit univers où chaque confrontation était la guerre de ses démons. Koji provoquait par quelque mot une révolution de ses fondements. Le « oui » qu’elle aurait lancé à la première seconde fût retenu par ce doute perpétuel. Elle avait apprit. Mais pas cela. Ne pouvant donc jamais encore envisager la suite de ce raisonnement. A l’image d’une sirène à qui on propose de regarder le ciel. La fixité. Une statue, de la Vergogne, où bien d’Ille. Non, plus encore… l’absence de mouvement, comme blanche neige sur son linceul. Virginie n’y avait jamais songé. Son visage prenait petit à petit les traits de la perplexité. Il lui fallait prendre la voie de l’originalité. Ses pensées s’y engouffraient avec l’empressement sincère du perdu. Alors la suite lui paru logique. Vraie. En effet… il mettait les choses sous un autre angle. Elle observa encore un peu cette partie d’un tout. Si fragile…

-« Non,… non, je ne voudrais pas ça… »

En se redressant la jeune mutante entendit les premiers mots. La voix était si claire. Son oreille aurait put être habituée d’entendre des vers surgirent des lèvres de son interlocuteur. Car elle avait déjà enregistré la mélodie de ces mots travaillés. Ceux qui ont mûris et couchés sur le papier d’un autre pour devenir universels. Chaque phrase coulait avec une telle harmonie. Il lui fallait les écouter pour les entendre. Elle ne retrouvait pas le nom de leur créateur. Ses yeux détaillèrent doucement le poète. Ils y cherchaient un sens. Si Koji les livraient c’était bien pour faire comprendre quelque chose. Mais quoi ? Que pouvait faire raisonner ces vers du fin fond de leur dialogue ? Virginie cherchait.

Cela s’était sans compter sur… des larmes. Des larmes sur ces joues à la peau au grain brillant. Des ruisseaux muets qui suivaient la courbe de ce visage innocent. Cette vision la bouleversa. Parce qu’elle était belle, parce qu’aussi elle amenait une question. Que pouvait voir son ami pour être livré à cette fuite lacrymale ? Cette preuve de tristesse la déstabilisait toujours. Les pleurs, ces démonstrations, que la jeune fille passait son temps à cacher. Pourquoi Koji osait lui partager cela ? Elle ne comprenait pas. Se pouvait-il que le souvenir de quelques rimes créer une telle réaction ? Virginie dans toute sa maladresse aurait voulu l’aider. L’aider à chasser ce qui provoquait ce revirement. Bien sûr elle aurait été incapable d’un geste physique. Non pas par égoïsme, mais parce que cela signifiait affronter des blocages aussi résistants que sa mutation. Parce qu’un mouvement concret, serai la victoire d’une bataille, qu’elle n’avait jamais commencé.

Et puis… et puis…

… Suffered as your mother suffered,

Sa pensée se troubla. A peine le temps d’une respiration. Un déluge. Sa mère avait-elle seulement souffert ? A peine eu-t-elle le souvenir de cette femme qu’une angoisse l’a prit au cœur. Oui tout être souffrait. Probablement. Sa main se serra sur la pierre. Mais Alison Parish ? Le visage d’une dame belle et sévère. Une femme qui avait encadré ses moindres souffles. La représentation de… de cette autre, qu’elle passait sa vie à chercher et à attendre. Celle, qui avait emprisonné dans son regard, l’image d’une enfant. Celle qui avait formé, au détour de phrases, tout ce qui dévorait Virginie. Celle dont la jeune fille espérait le plus sans exiger jamais. Celle qui aurait dû être la gardienne et qui n’avait été que le bourreau.

Mais il y avait déjà d’autres prophéties qui venaient à travers la bouche du jeun métisse. Virginie entendait, les prenaient en elle, avec une spontanéité douloureuse. Tous, ces vers, n’étaient pas pour elle peut être. Pourtant ils raisonnaient quelque part dans son âme. Peut être parce qu’en cherchant le pourquoi de ces mots elle leur trouvait une raison d’être plus profonde que nécessaire. Y avait-il dans sa vie un amour conquit ? Jamais. Cette conscience lui était désastreuse. Car non, Virginie savait, qu’aucun amour n’avait put encore être sa victoire. Il y avait eu chez les siens un gouffre. Un gouffre qu’elle avait tenté de remplir de son mieux. Mais qui n’avait fait que rester entre eux.

Toutes les rencontres de sa vie, répondaient parfois en respect, parfois même en affection. Mais l’amour. Et oui elle était jeune, et dans cette jeunesse, cette absence élémentaire était aussi destructrice qu’un coup de couteau. Il était terrible de s’accaparait ainsi les mots d’un inconnu. Cela lui semblait d’autant plus stupide que ça l’a faisait inutilement souffrir. Il lui fallut se détourner de l’instant. En elle commençait à monter une tristesse qu’elle se refusait à laisser venir. Il lui fallait fuir ce cœur malmené. Dans un effort de bravoure sa silhouette se leva lentement. Elle se sentait honteuse. Mais cela aurait été pir si elle avait dû reconnaître ce qui montait en elle. Ses yeux étaient encore secs et allaient lentement vers Koji sans remonter jusqu’à son regard.

-« Koji excuse moi. Je dois, je dois, partir. »

Dans ces quelques mots il y avait tout à la fois un désespoir, un désir de pardon, et un aveu de faiblesse. Virginie avait cet horrible défaut de fuir la moindre confrontation. Il lui fallait le laisser, pour se permettre un jour de le retrouver. Mais se montrer faiblesse à lui était égoïste et impossible. Quand elle fût certaine que son au revoir lui fût parvenu la jeune fille fila loin de ce poème et de ces promesses.

-"Pardon."

........................................................................................................................................................................................................


Je reviendrais !!

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Koji Ashton

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MessageSujet: Re: [RP] Une allée du Luxembourg-(terminé) Ven 25 Déc 2009 - 21:30

Il n'avait pas remarqué, d'abord, les larmes qui coulaient le long de ses joues parce que, comme cela lui arrivait souvent, bien trop absorbé par ses pensées pour se soucier du monde qui l'entourait, fût-ce de son corps qui n'était, pour quelques secondes du moins, qu'une enveloppe extérieure à ses soucis, il n'avait pas seulement senti leur course humide sur sa peau ; ce qui l'occupait, c'était son corps et son être de jadis, l'être qu'il avait été et qui vivait encore dans ses souvenirs. Il y avait une chose terrible à la mémoire de Koji, cette mémoire supérieure qu'il était le seul à posséder, et dont certaines particularités faisaient qu'elle n'était pas qu'une mémoire plus développée, plus performante, mais bien une mémoire mutante, une autre espèce de mémoire que celles des humains normaux, et cette chose, c'était qu'elle ne s'arrêtait pas à un son, une image ou même un parfum, comme le fait d'ordinaire la mémoire : les souvenirs qu'il gardait, il les gardait intacts dans toute leur complexité, et il sentait sur sa peau ce qu'il avait senti quand, des mois auparavant, William avait pu lui prendre la main pour le guider vers tel ou tel tableau, si bien que lorsque ces souvenirs ressurgissaient, il ne se contentait pas de les contempler avec une nostalgie qui déjà peut-être douloureuse, il les revivait presque pleinement ; alors il arrivait, lorsque sa mémoire embrassait un temps un peu long de son passé, de vivre une deuxième fois ce qu'il avait vécu, pas tout-à-fait spectateur mais plus désormais acteur, et il restait, assis ou allongé, pendant de longues heures, à mener une vie qu'il connaissait déjà, mais qui n'avait pas perdu, soigneusement consignée dans sa mémoire, de sa réalité.

Ainsi, non seulement Koji était-il plus vieux parce que, dans chaque seconde, il roulait des pensées qui eussent exigé d'autres des heures, si ce n'est des jours de réflexions, non seulement même parce que, sa mémoire collectant tout ce qu'il avait vécu et qui l'avait un peu marqué – et elle devait même, un peu plus tard, lorsque son pouvoir aurait évolué, recueillir même ce à quoi il n'avait pas pensé faire attention, et que pour l'heure, lui échappait heureusement encore, la forme de tel brin d'herbe dans le jardin, tel numéro de téléphone sur une boîte de thé, et faire qu'il se souvînt de tout, absolument tout ce qu'il avait senti –, il se souvenait de plus de jours de sa vie que ne pouvait le faire quelqu'un qui eût été deux fois plus vieux, mais encore parce que chacun de ces souvenirs, à cause de sa force et de sa précision, il pouvait le vivre une seconde fois, et ainsi y avait-il des jours particulièrement marquants qui ne s'ajoutaient pas une fois, mais deux, trois, quatre à son âge.

Il arrivait même que, pendant qu'il se souvenait de telle ou telle heure de sa vie passée, d'autres pensées de sa vie présente continuassent à se dérouler dans son esprit, de sorte que le souvenir revécu, en s'agrégeant aux sensations présentes, formait avec elle une configuration inédite, qui avait sa propre valeur, son propre sens et sa propre densité, et devenait, une fois révolue, un souvenir à part entière elle-même. On comprend alors que le monde qui nous paraît réel, le monde physique qui l'entourait, n'eût pas pour Koji la même réalité qu'il pouvait avoir pour Virginie, tant il se passait de choses dans son esprit, c'est-à-dire, non seulement des pensées, mais aussi des aventures, des évènements, toute une vie en somme, qui n'étaient pas directement inspirées par la situation dans laquelle il était physiquement, à tel ou tel instant.

Mais, soit que malgré tout cette situation fût plus prégnante que celles que le temps, somme toute, avait un peu écartées, soit que son altruisme poussât Koji à s'extraire systématiquement d'un monde qui n'était que le sien pour rejoindre celui qu'il partageait avec quelqu'un, il arrivait toujours, quand il était avec une autre personne, par un certain effort de la volonté, à empêcher la recréation de ce monde révolu, pour que, non son attention, qu'il eût fort bien pu diriger sur plusieurs objets à la fois, sur plusieurs mondes en même temps, mais son être, son être véritable, ce qui fût apparu si diffus à quelqu'un qui eût su comme il pensait, sa personnalité, s'attachât, sinon entièrement, du moins en plus grande partie, à ce qu'il était en train de vivre.

Alors, peu à peu, Koji s'extirpa de son souvenir, s'efforçant de sentir, véritablement de comprendre, que le temps avait dissipé ce qui en avait fait la vie véritable, et l'avait transformé en souvenir, image qui, sans être figée, demeurait à présent immuable. Au bout d'une seconde, il sentit l'infime modification de sa peau, la course des larmes, d'ailleurs peu nombreuses, sur sa joue, et il les balaya d'un revers de manche. Il n'avait pas honte de pleurer devant Virginie : ces larmes, il en savait tout le prix, c'était celui du souvenir qui les avait faites couler. C'était tout ce qui restait d'une époque révolue : un goût rare, une eau salée qui n'étanche pas la soif.

Aussi intelligent qu'il fût, et même lorsqu'il s'efforçait, comme en cet instant, de se consacrer au monde réel, il y avait des choses que Koji ne comprenait pas ; ce fut le cas pour le départ de Virginie. Il croyait assez connaître la jeune femme pour supposer qu'elle allait rester, et essayer, peut-être avec maladresse, mais du moins essayer, de le consoler. Il resta silencieux et immobile devant ce départ, c'est-à-dire que son corps ne bougeait plus, et que sa pensée, soudainement mobilisée, mise aux prises avec un défi, expulsait d'elle toutes les données qui ne concernaient pas le problème à résoudre, et se mettait en marche pour le dissiper.

Ainsi Virginie, et sans le vouloir sans doute, certainement sans l'imaginer, avait-elle, en livrant à Koji un mystère à éclaircir qui exigeait qu'il cessât de penser à son souvenir, consolé le jeune homme plus efficacement qu'elle eût jamais pu le faire en demeurant auprès de lui, pour l'écouter et le faire parler.

Elle avait dit « pardon », c'était donc qu'elle se sentait coupable, c'était qu'elle aurait voulu rester, pour le consoler : ce n'était donc pas l'insensibilité, ou l'agacement, qui l'avait éloignée. Elle avait donc sa propre douleur, sa peur. Car se fût-elle sentie inutile qu'elle n'en serait pas moins demeurée : Koji la connaissait au moins assez pour se convaincre de cela. C'était que quelque chose qui ne tenait qu'à elle, à sa propre histoire, l'avait forcée à le quitter. Sans doute redoutait-elle d'aggraver ses maux, et de réveiller les siens propres, en demeurant près de lui. Mais comme il n'avait rien dit de l'origine de ses larmes, il avait fallu que quelque chose d'autre rappelât ces temps douloureux (quels étaient-ils ?) à Virginie. Ce n'était pas le paysage, qui n'avait pas changé : c'était donc le poème. Il suffisait alors de vouloir les situations qu'il comportait, les personnages qu'il mettait en scène, tout ce, en somme, à quoi un souvenir eût pu se raccrocher. C'était donc soit l'amour, soit la mort du laboureur (qui pouvait-il être, dans ce cas ? Un ami, un amant, un parent ?), soit la mère. Il y avait bien une de ces solutions qui lui semblait plus probable que les autres, tant la timidité de Virginie, cette crainte diffuse qu'il avait pu sentir parfois en elle, ne pouvait provenir que des racines profondes, d'un parent, mais il ne connaissait pas assez Virginie, et son histoire, pour savoir si c'était précisément à cette timidité que ce départ s'accordait, ou bien à autre chose.

Toujours était-il que sa souffrance, qu'il connaissait bien, qui n'avait pas perdu de sa force – c'était ce qu'il aimait à croire, mais en réalité, comme toutes les souffrances de l'âme, elle s'atténuait progressivement, pas assez cependant pour qu'il pût déjà se réjouir, et non pas craindre, qu'elle s'atténuât – mais dont il avait comme l'habitude, laissait place dans son esprit à la souffrance de Virginie, qu'il ne ressentait pas – s'il l'avait mieux comprise, s'il l'avait connue en détail, sans doute l'aurait-il presque ressentie lui-même – mais dont il savait qu'elle existait. Alors il n'en voulait pas à Virginie d'être partie, de l'avoir fui, et il se promit d'aller lui rendre visite, le lendemain.

Il le fit en effet, et ils devaient même se voir, dans les semaines suivantes, assez souvent. Ils se parlaient, parfois restaient silencieusement à lire dans la même pièce : c'était qu'il y avait entre leurs deux caractères, et même entre leurs deux histoires, des ressemblances qu'ils ne soupçonnaient même pas, car ils parlaient trop peu d'eux-mêmes pour les surprendre. Ainsi se connaissaient-ils beaucoup, mais sans se connaître : par exemple, les pensées qui étaient venues à Koji ce jour-là, lorsqu'il s'était levé du banc et avait fait le même chemin qu'ils avaient empruntés tous les deux, mais pour rentrer dans sa chambre cette-fois, et les personnages qui avaient habité ces pensées, Virginie n'en avait-elle jamais entendus parler, et peut-être sans certains évènements, d'ailleurs anodins, qui se produisirent plus tard, ne les eût-elle jamais connus.

Il était rentré dans sa chambre ce jour-là, dans sa chambre encore vide, et il avait défait soigneusement son bagage, il avait rangé les vêtements dans l'armoire, les livres sur l'étagère, les affaires de toilette dans la salle de bain, puis, lentement, et presque douloureusement, en tâchant de ne pas trop y penser, il s'était assis à son bureau, avait sorti du papier et un stylo, et avait tracé, de son écriture fine, élégante, les mots de sa lettre. Il avait glissé la lettre dans l'enveloppe, et inscrit sur l'enveloppe l'adresse de ses parents, puis il était resté de longues minutes immobile, à regarder le parc par la fenêtre, en se demandant s'il était bien sage de demander qu'on lui envoyât ces tableaux qu'il aimait tant et trop, qu'il allait voir chaque jour sur les murs de sa chambre, et dont les couleurs allaient ouvrir sa chair, sa chair véritable : la chair de ses souvenirs.

[Fin]
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